Pour la première fois dans l’histoire de l’audiovisuel en Afrique subsaharienne francophone, des câblo-opérateurs africains, souvent considérés par toute la chaîne de la profession comme des pirates de produits culturels, vont bientôt bénéficier d’une tribune internationale d’expression.

En effet, le prochain Discop Abidjan accueillera une session – organisée par Séverine Laurent – et concernant la reconnaissance de la propriété intellectuelle.

La conférence intitulée « Les opérateurs du marché informel » se tiendra le 31 mai de 14 à 16H et accueillera de nombreuses personnalités : Achille Epoué, président du Syndicat des câblo-opérateurs camerounais, Ousmane Diouf, secrétaire général de la Soretec (Syndicat des câblo-opérateurs sénégalais), Béatrice Damiba, présidente de l’association Convergence (Côte d’Ivoire), Tabi També Brillant et Rodrigue Langkeu, respectivement président et secrétaire général de Sweecom Ltd (Cameroun) seront notamment présents.

Sont également attendues dans la salle, plusieurs membres du RIARC, le Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication, et du REFRAM, le Réseau Francophone des Régulateurs des Médias.

Séverine Laurent

Séverine Laurent

Séverine Laurent, qui orchestre, depuis 2007 les activités d’Afrikakom (Toulouse, Bamako), l’agent Afrique du premier groupe audiovisuel indépendant français, AB SAT, conseille ou a conseillé de nombreux acteurs de l’industrie des médias et des TIC tels qu’Intelsat, Pixagility, Turner Broadcasting, MBOATV, Africable Télévision etc. pour leur communication et/ou leur développement en Afrique.

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Le Discop Abidjan se tiendra du 31 mai au 2 juin à l’hôtel Sofitel Ivoire d’Abidjan.

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Le programme des conférences : ici

Rappelons qu’au Sénégal, Cameroun ou en Côte-d’Ivoire, les opérateurs informels représentent jusqu’à 70% des abonnés à la télévision payante. À l’heure actuelle, ils ne paient pas les éditeurs, la TVA, les autres taxes ou licences en vigueur dans leurs États respectifs.

Ils n’en sont pas moins devenus incontournables puisqu’ils sont ceux qui amènent le signal TV dans de nombreux foyers urbains et citadins. Les opérateurs-araignées, tels qu’on les appelle, connaissent le terrain et sont d’excellents baromètres pour l’audience des chaînes TV, donnant souvent des indices sur les besoins des citoyens, et un avant goût de ce que le secteur légal pourrait commercialiser. Enfin, au Cameroun notamment, ils emploieraient directement ou indirectement jusqu’à cent mille personnes.

Il est donc difficile de les ignorer.

Mais certains de ces acteurs deviennent de plus en conscients de la fragilité de leur modèle économique basé sur une économie souterraine à la marge de l’Etat central.

Les frais d’avocats, les saisies d’équipements, les coupures de cartes-sources, la police ou les impôts qui débarquent se multiplient un peu partout en Afrique subsaharienne francophone. Avec la numérisation progressive de l’Afrique, ils prennent conscience que leur modèle juridico-économique doit nécessairement évoluer.

Cette conférence va également dans le sens du combat que mène Canal+ et d’autres acteurs dont de grandes sociétés informatiques depuis des années.

Voir l’article du 10 décembre 2015 paru dans Jeune Afrique : Lutte contre le piratage, les multinationales se mobilisent discrètement en Afrique

Son but est de mettre en place les conditions d’une appropriation institutionnelle africaine pour contrer le piratage et verser leurs parts aux ayants droit, qu’ils soient d’Afrique ou d’ailleurs.

La question clef : peut-on passer d’un secteur informel à un secteur structuré et formel ? Les pirates peuvent-ils devenir des acteurs légaux ?

Les politiques peuvent-ils mettre en place ce nouveau cadre ? Quelles sont les stratégies et tactiques (communication public et/ou pirates, négociations, stratégies low costs…) ? Comment ce combat peut-il contribuer à construire un secteur africain durable et stable, favoriser le financement de la production locale, employer des citoyens d’Afrique ?

Pour en savoir plus sur le piratage en Afrique, les deux très intéressantes publications du site www.inaglobal.fr

TV payante en Afrique : piratage en bande organisée (publié par Séverine Laurent le 29/03/2016).

La TV payante en Afrique francophone, un enjeu géopolitique (publié par Séverine Laurent le 01/10/2015).

Ainsi qu’une sélection d’article du site Balancing Act : ici