A l’issue de 63 heures d’enchères, le gouvernement grec a attribué le vendredi 2 septembre les 4 licences de chaînes nationales généralistes privées qu’il avait mises en vente dans le cadre de sa grande réforme de l’audiovisuel.

Débutée le mardi 30 août dans des conditions très strictes et sous haute surveillance, la session d’enchères a mis en lice huit candidats et leurs équipes, parmi les hommes d’affaires les plus influents du pays, privés de téléphone portable et ordinateur personnel et enfermés dans un huis clos inédit au sein du bâtiment, surprotégé pour l’occasion, du Secrétariat général de l’information et de la communication.

Cette bataille à coups de millions a permis à quatre des oligarques grecs les plus puissants – et pas les moins polémiques -, d’acquérir une licence de diffusion valable 10 ans.

Alors que le prix de départ de chacune des licences était fixé à 3 millions d’euros, l’Etat grec va au terme des enchères empocher 246 millions d’euros ; un montant record, qui donne une idée de l’âpreté avec laquelle se sont déroulées les opérations.

Parmi les quatre vainqueurs des enchères, deux nouvelles chaînes font leur apparition.

– La première, Alter Ego, est un projet porté par l’armateur multimillionnaire Vangelis Marinakis (par ailleurs propriétaire d’Olympiakos, le club de foot du Pirée), dont la licence a été obtenue en déboursant 73,9 millions d’euros.

– Le seconde licence est attribuée pour un montant de 52,6 millions d’euros au millionnaire Christos Kalogritsas, un entrepreneur qui a fait fortune dans le BTP.

De leurs côtés, les chaînes ANT1 et Skai, respectivement détenues par les armateurs Théodore Kiriakou et Yiannis Alafouzos, conservent leurs droits de diffusion grâce à ces licences pour lesquelles ont été déboursés respectivement 75,9 et 43,6 millions d’euros.

L’existence des six autres chaînes privées qui émettent aujourd’hui en Grèce, en particulier Star Channel, Alpha TV, Epsilon TV et Mega Channel[i], est désormais menacée, puisque selon la porte-parole du gouvernement, Olga Gerovassilis, toute antenne opérant sans licence est censée cesser d’émettre sous quatre-vingt-dix jours.

Ce sera la première fois, en Grèce, que les propriétaires de chaînes télévisées s’acquitteront de leur dû auprès de l’État.

Depuis 1989 en effet et la loi permettant la libéralisation du marché audiovisuel grec, près d’une dizaine de diffuseurs privés ont vu le jour à l’initiative des grands patrons d’industrie.  Ces oligarques, les familles Bobolas (Mega), Alafouzos (Skai), Kiriakou (ANT1), Vardinoyannis (Mega et Star), se sont emparés des fréquences, tout en émettant, grâce à des licences provisoires sans cahier des charges précis, dans un vide juridique et une opacité financière tolérés par la classe politique.

Car jusqu’à présent et malgré plusieurs tentatives de régulation, aucun gouvernement n’avait réussi à contraindre les propriétaires de ces chaînes privées à payer leurs licences d’exploitation, comme la loi les y obligeait pourtant.

Ces enchères marquent donc l’aboutissement d’une réforme voulue par le gouvernement de gauche d’Alexis Tsipras pour moraliser et rationaliser le secteur audiovisuel.

En faisant passer le nombre de chaînes privées de 8 à 4, l’objectif de l’Etat est officiellement :

1/ de rationaliser un marché disproportionné à l’échelle des 11 millions d’habitants du pays,

2/ et s’attaquer au fameux triangle de relations incestueuses entre politiques, médias et banques, appelé diaploki en grec.

La bataille juridique sur le dossier de cette vente aux enchères ne fait sans doute que commencer car la légalité de la procédure est contestée et le Conseil d’Etat doit rendre son avis.

Pour les perdants par ailleurs, subsiste l’espoir de nouvelles enchères,  cette fois-ci pour des chaînes thématiques, qui pourraient permettre à ces diffuseurs existant depuis une vingtaine d’années de survivre.

Pour en savoir plus :

Quatre oligarques se partagent la télévision privée grecque (Télérama, 02/09/2016, http://television.telerama.fr/television/quatre-oligarques-se-partagent-la-television-privee-grecque,146827.php),

La bataille des oligarques pour la télévision grecque (Le Monde Economique, 02/09/2016),
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/09/02/la-bataille-des-oligarques-pour-la-television-grecque_4991445_3236.html#8EW1wef5G2u42Tgh.99

Grèce / Les 4 licences de chaînes privées ont été attribuées (Méditerranée Audiovisuelle, 05/09/2016)

http://mediterranee-audiovisuelle.com/grece-les-4-licences-de-chaines-privees-ont-ete-attribuees/

[i] Mega en raison de ses finances trop fragiles ne figurait même pas dans la liste des présélectionnés.