TV France International : Frédéric Chambon, vous êtes depuis quatre ans Attaché Audiovisuel Régional pour l’Afrique Australe (Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Mozambique, Namibie, Swaziland, Zambie et Zimbabwe), basé à Johannesburg, pouvez vous nous parler de votre parcours ?

Frédéric Chambon : Journaliste de formation (ESJ Lille), j’ai occupé pendant presque dix ans plusieurs fonctions au sein du quotidien Le Monde, incluant celle de correspondant en Afrique du Sud de 1995 à 1999.

TVFI : D’où votre intérêt pour l’Afrique et pour particulièrement l’Afrique du Sud ?

FC : En effet, ces années Mandela, pendant lesquelles le pays entrait dans une nouvelle ère et entamait sa reconstruction avec le leader anti-apartheid à sa tête, ont été cruciales pour la naissance d’une nouvelle nation sud-africaine et extrêmement intéressantes à vivre !

De 2004 à 2008, après avoir quitté Le Monde, je suis revenu en Afrique en tant qu’Attaché Audiovisuel Régional pour l’Afrique de l’Ouest, basé à Dakar. Ce poste avait un focus « Médias », avec en particulier un plan d’appui aux chaînes de télévision de la région, notamment au Sénégal et au Mali.

Ensuite Singapour, hors réseau, de 2004 à 2008, où j’ai œuvré en tant que consultant-producteur pour l’organisation événements culturels, en particulier la première opération officiellement labellisée « Nuit Blanche » en Asie, Digital Nights Singapore, sur la thématique des arts numériques.

En 2012, retour vers l’Afrique, basé à Johannesburg, où je suis pour la cinquième et dernière année Attaché Audiovisuel Régional pour l’Afrique Australe.

TVFI : Quelles sont en quelques mots les spécificités du paysage audiovisuel sud-africain ?

FC : L’Afrique du Sud est un pays sans équivalent sur le continent africain, en ce qui concerne la télévision, la production audiovisuelle et le cinéma. Il accueille plus d’une centaine de tournages par an de longs-métrages de cinéma et de séries TV, locaux et étrangers, y compris en provenance d’Hollywood.

C’est aussi une zone de diffusion unique, qui offre un réseau exceptionnel de 450 salles de cinéma et le premier marché de télévision payante sur le continent. Son principal opérateur DSTV-Multichoice est le numéro 1 de la télévision payante en Afrique avec plus de 9 millions d’abonnés (toutes offres confondues, satellite et TNT) dans une trentaine de pays. Il n’est donc pas surprenant que le Discop Africa, marché de référence en Afrique pour les programmes TV, ait lieu depuis 5 ans à Johannesburg.

TVFI : Pourriez vous nous en dire plus sur votre action en tant qu’Attaché Audiovisuel ?

FC : En dehors de la télévision et du cinéma, les priorités de ce poste aujourd’hui sont la filière Image au sens large, les industries créatives et le numérique, compte tenu du développement et des enjeux de ces secteurs en Afrique du Sud.

L’animation, par exemple, est un secteur en plein développement, avec des producteurs et des talents sans équivalent ailleurs sur le continent et qui commencent à émerger sur la scène internationale. Le poste a mis en place une dynamique franco-sud-africaine forte avec comme plateforme d’échanges le festival d’Annecy et le MIFA, qui accueille depuis 2013 un stand et une importante délégation sud-africaine. Cela passe aussi par des délégations de producteurs et studios français en Afrique du Sud et l’accompagnement de coproductions comme Musi and Cuckoo, série TV pour les préscolaires en cours de développement avec Folimage.

En ce qui concerne le numérique, la grosse opération de l’année et le grand événement français de cette édition 2016 du Discop Africa a été l’organisation du Digital Lab Africa.

TVFI : Le Digital Lab Africa ?

FC : Il s’agit de la première plateforme d’incubation et de soutien aux producteurs et aux talents africains du multimédia, qui concernent 5 secteurs en particulier : réalité virtuelle, web création, transmédia, musique en ligne et jeu vidéo. C’est donc un projet au croisement des secteurs de la télévision, de la filière Image et des industries créatives. L’opération a une dimension panafricaine avec le marché du Discop Africa comme point d’ancrage, puisque c’est au Discop Abidjan de juin dernier que l’opération et l’appel à projets ont été lancés.

Nous avons recueilli 522 candidatures en provenance de 30 pays africains, parmi lesquels a été opérée une sélection de 15 projets, 3 par catégorie, en lice dans le cadre d’une compétition de pitch et d’un programme de 3 jours au Discop.

Un grand stand « Digital Lab Africa », voisin de celui de TV France International, a accueilli les participants et partenaires de l’opération, avec un corner réalité virtuelle présentant 6 contenus à expérimenter, dont 3 programmes d’ARTE (Notes on Blindness, I Philip et Sens). Avec environ 500 visiteurs sur les 3 jours du DISCOP, l’espace Digital Lab Africa a été l’un des plus fréquentés du marché.

Le stand Digital Lab Africa au Discop

Remise des prix en présence de l’Ambassadrice de France, Elisabeth Barbier.

TVFI : ARTE France est donc l’un des partenaires de l’opération ? Quelle sont les finalités du Digital Lab Africa ?

FC : ARTE est effectivement l’un des partenaires de l’opération et le référent sur le transmédia. Les sociétés participantes, toutes des leaders sur le plan de la production et/ou de la distribution, vont accompagner le développement des 5 projets gagnants sélectionnés au DISCOP (un par catégorie) et vont également se mobiliser pour faire en sorte que ces projets puissent être produits et distribués. Outre l’appui et le mentorat de ces partenaires, le programme d’incubation comprend un prix de 3000 euros et un séjour d’un mois en France au sein d’un cluster numérique.

Parmi la quinzaine de partenaires mobilisés, figure également Lagardère Studios (Keewu Productions), référent du Digital Lab Africa sur la Web création, TRACE, groupe multimédia spécialisé dans la musique et la culture urbaine, et Okio-Studio, l’un des plus importants studios français de réalité virtuelle.

L’un des objectifs est de promouvoir le savoir-faire et la production français puisqu’au final l’opération peut générer des projets communs, coproductions ou contenus à distribuer. La finalité est aussi de mettre en valeur l’expertise des partenaires français, avec une synergie commune de convergence numérique. En Afrique comme ailleurs, les contenus et les programmes de la télévision traditionnelle sont en train de migrer sur les écrans mobiles et connectés. L’enjeu stratégique de l’industrie de la télévision sur le continent est de réussir cette révolution et de s’inscrire dans cette dynamique, en produisant et distribuant son propre contenu, en Afrique et à l’international.

L’objectif du Digital Lab Africa est justement d’être le partenaire référent au côté de ces nouveaux producteurs, pour ces nouveaux contenus à l’ère du numérique, en proposant une collaboration et un savoir faire français.

 

Pour en savoir plus sur le Digital Lab Africa :

http://digilabafrica.com/