NPA Conseil, membre associé de TV France International, vient de fêter ses 15 ans en organisant un colloque sur « Les nouveaux défis de l’industrie des médias » en partenariat avec Le Figaro à la Maison des travaux publics, Paris. L’occasion pour Philippe Bailly, son président-fondateur, de revenir sur ses 15 ans d’expertise et de nous parler d’avenir.

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TV France International : NPA Conseil fête ses 15 ans. Depuis 15 ans, vous suivez la révolution numérique. Quels sont les principaux faits marquants de ces 15 dernières années ?

Philippe Bailly : Difficile de choisir, tant le rythme des innovations depuis le début des années 2000 a été vertigineux.

Mais s’il faut n’en retenir que quatre, je retiendrai 2003, avec les premières offres de TV sur ADSL, 2005 et les débuts de la TNT en France, 2007 pour le lancement du premier iPhone, et plus globalement la montée en puissance des réseaux sociaux.

Alors que trois quarts des foyers ne recevaient que 4 à 5 chaînes il y a à peine plus de 10 ans, la TNT a fait entrer l’ensemble des Français dans l’ère de l’abondance audiovisuelle.

Deux ans plus tôt, la « télévision via le fil du téléphone », en plus de la prouesse technique qu’elle représentait, a ouvert la voie aux services nécessitant une voie de retour : VoD, d’abord, mais très vite Replay et plus récemment SVoD. Aujourd’hui, et en cumulant câble, ADSL et fibre, les offres triple play ont séduit plus de trois français sur cinq.

L’iPhone, enfin, a donné tout son sens à l’acronyme ATAWAD : avec le smartphone, on a en permanence un écran qui permet de regarder les programmes que l’on souhaite, où qu’on soit et à l’heure qu’on a choisi.

Quant aux réseaux sociaux, ils représentent sans doute une révolution aussi grande que celle apportée par le Web lui-même dans les années 90 : ils ont bouleversé la façon dont l’information se crée et circule, ils offrent aux marques des moyens démultipliés de communication mais aussi de relation avec leurs clients et, s’agissant des industries culturelles, ils sont devenus des canaux surpuissants de distribution des contenus et programmes.

TV France International : Et le plus gros bouleversement à venir pour les distributeurs ?

Philippe Bailly : Les distributeurs vont avoir à gérer un double phénomène de globalisation et de fragmentation des droits qu’ils gèrent.

Fragmentation, avec l’apparition de nouvelles fenêtres, telles que la SVoD, l’EST et toutes les autres formes de distribution délinéarisée. Le marché n’en a pas forcément vu immédiatement la portée, ce qui a laissé la place à l’apparition d’acteurs spécialisés dans l’agrégation de droits digitaux, tels qu’Under the milky way ou My digital company. Ceci pourrait conduire à des rapprochements permettant une vision globale de l’ensemble des exploitations, et permettant d’optimiser la valeur des droits.

L’autre changement majeur, c’est la globalisation, pour ne pas dire la mondialisation, des intervenants. Netflix opère depuis le début 2016 dans près de 200 pays. Amazon vise apparemment un objectif proche pour 2017, Canal+, qui a bien intégré la menace que cela représente pour lui en termes d’accès aux droits, annonce qu’il va accélérer son déploiement à l’international…

Par rapport aux logiques traditionnelles de commercialisation par territoire, cela appelle deux questions.

Celle de la marge de manœuvre, d’abord. Sera-t-il possible de maintenir cette pratique comme une norme de marché, ou sera-t-elle réservée à certains programmes spécifiques ?

Mais aussi sur les changements d’organisation à opérer pour tirer profit de cette évolution : vendre « tous territoires », c’est sans doute gagner moins que la recette théorique correspondant à l’addition des ventes pays par pays. Mais cela peut être une équation gagnante si cela permet de limiter les frais de commercialisation puisqu’il n’y a plus qu’une seule transaction, et si cela garantit effectivement de vendre partout.

TV France International : Quels impacts sur votre activité ?

Philippe Bailly : Depuis 15 ans maintenant, NPA Conseil s’est fixé pour mission d’aider ses clients à anticiper, à les accompagner dans leurs prises de décision et à optimiser.

Et nous avons développé pour cela trois lignes d’activité :

–   la veille et la réalisation d’études, pour leur permettre de conserver un temps d’avance dans un univers en perpétuel chamboulement,

–     l’accompagnement dans la prise de décision et dans la mise en œuvre, en intégrant l’ensemble des dimensions technologique, juridique, économique, de marketing…

–     et finalement la collecte et le traitement de données pertinentes, très loin du vertige du big data, mais dans un souci constant de pilotage opérationnel et, le cas échéant, de rectification de trajectoire.

Concrètement, cela se traduit par un ensemble de produits et services et notamment, pour les distributeurs, d’outils de suivi des marchés de la VoD et de la SVoD (composition des catalogues de Netflix, CanalPlay, SFR Play et des autres principaux services de SVoD, part du cinéma, des séries, de l’animation, du documentaire, part de marché des différents ayant-droit…).

Pour améliorer le confort d’utilisation de ces outils, nous avons entrepris de les rendre tous disponibles en ligne, sous forme de Webservices. Cette évolution sera achevée fin 2016.

TV France International : Vous avez annoncé des développements à l’international : vous pouvez nous en dire plus ?

Philippe Bailly : Parce que nous devons nous aussi nous adapter au mouvement de globalisation, nous avons décidé d’accélérer le développement de nos outils à l’échelle internationale, et dans un premier temps, vers l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie.

Début 2017, par exemple, nous élargirons à ces quatre pays le champ de nos outils de suivi du marché de la SVoD, en partenariat avec 3Vision, Goldmedia, ITMedia et Asset Media, les cabinets de conseil avec lesquels nous avons fondé le réseau EMCA.

Et dans quelques jours, nous lancerons NPA Europa, une publication de veille hebdomadaire destinée à suivre l’activité du Parlement et de la Commission Européenne sur les sujets Médias, Télécoms et Numériques.

TV France International : A l’occasion de votre anniversaire, vous avez organisez le colloque « Les nouveaux défis de l’industrie des médias » avec Le Figaro le 15 novembre dernier. Quel bilan tirez-vous de cette journée ?

Philippe Bailly : Par rapport au climat qui était celui des débats professionnels il y a encore deux ou trois ans, j’ai été frappé par un climat à la fois plus apaisé vis-à-vis des grands acteurs du numérique tels que Facebook ou Google.

Le métier semble maintenant avoir intégré qu’ils sont devenus des acteurs incontournables, contre lesquels l’opposition frontale est improductive.

Il reste en revanche à conforter des bases de partenariat win win, et des termes de partage de la valeur qui permettent à chacun de trouver son équilibre économique.

Pour voir et revivre le colloque, cliquez ici

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