L’interpellation par les autorités turques le 11 novembre dernier d’un journaliste français pendant un reportage à Gaziantep près de la frontière syrienne, nous rappelle que les purges en Turquie sont loin d’êtres terminées !

De retour en France le 13 novembre, Olivier Bertrand, qui a passé 3 jours en détention sans contact avec l’extérieur et sans connaître les motifs exacts de son arrestation, a évoqué une « Turquie qui devient folle, plonge dans la dictature » et s’est dit inquiet pour la liberté de la presse.

Les purges se poursuivent en effet en Turquie après la tentative de coup d’État avortée du 15 juillet dernier.

Deux décrets parus samedi 29 octobre dans la soirée au Journal officiel ont ainsi acté la purge de plus de 10 000 nouveaux fonctionnaires, la fermeture de 15 nouveaux médias et la suppression dans les universités des élections de recteurs, qui seront désormais choisis par le président Recep Tayyip Erdogan lui-même,

Selon les comptes de l’agence Reuters, cela porterait le nombre de fonctionnaires, juges, procureurs, journalistes et policiers déjà limogés ou suspendus, à près de 100 000 personnes au total.

Voir :

En Turquie, Erdogan poursuit sa purge étatique (L’Express, 30 octobre 2016),

Turquie : la purge s’amplifie, plus de 10 000 fonctionnaires limogés (Le Parisien, 30 octobre 2016).

Cette dernière vague de purges touche tout particulièrement les milieux pro-kurdes : la plupart des médias fermés par les nouveaux décrets sont basés dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, notamment l’agence de presse DIHA ou le quotidien Ozgür Gündem, accusés par les autorités d’être proches du PKK.

C’est la deuxième fois que sont visés des diffuseurs pro-kurdes après la fermeture par décret le 29 septembre dernier de 10 chaînes de télévision, dont de nombreuses kurdophones, des chaînes simplement retirées du satellite Türksat, sans aucun avertissement préalable.

Voir : Etat d’urgence : 10 chaînes de télévision supprimées (www.kedistan.net, 29 septembre 2016).

La liste complète des chaînes fermées fin septembre – début octobre : IMC TV, Hayat TV, Özgür Gün TV, Van TV, Van Genç TV, TV 10, Jiyan TV, Azadi TV, Zarok TV, Denge TV, Mezopotamya TV, Birlik Medya TV.

La liste comporte notamment IMC TV, de tendance pro-kurde et libérale, réduite au silence en direct le 4 octobre dernier à la suite de l’intervention de la police dans ses locaux.

Voir : Turkey shuts down TV channel over ‘terror propaganda (Al Jazeera, 4 octobre 2016).

Elle compte également la chaîne jeunesse satellitaire Zarok TV (« Zarok » pour enfant’), le seul canal kurde de télévision pour les enfants.

Cette chaîne lancée le 21 mars 2015 et basée à Diyarbakir dans le sud-est du pays, était en relation avec plusieurs des sociétés adhérentes de TV France International.

Sa grille de programmation proposait des séries internationales (Sponge Bob, Maya the Bee, The Smurfs), incluant de nombreuses productions françaises, dont :

Moby Dick (26×26’) / Carrere Droits Audiovisuels,

Boule et Bill (104×6’30’’), Cédric (106×13’), Chicken Town (39×8’), Garfield & Cie (214×11’), La vraie histoire de Pinocchio (2001, 44’), Le voyage de Gulliver (1974, 80’), Les aventures de Tintin (39×26’), Trotro (78×3’30’’), Yakari (156×13’) du catalogue de Mediatoon Distribution

64 rue du Zoo (104×11’), Corneil & Bernie (104×13’), Didou (117×7’), Hôpital Hilltop (52×10’), Pablo, le petit renard rouge (52×5’), distribuées par Millimages,

Oscar & Co (78×7’) / TeamTo.

Pour en savoir plus sur la fermeture de Zarok TV :

Turkey stops Kurdish children’s TV channel citing ‘terrorism (Deutsche Welle, 29 septembre 2016),

Even SpongeBob can’t escape Turkey’s post-coup crackdown (www.al-monitor.com, 4 octobre 2016).