Dennis Alme De Visscher, bien connu de nos adhérents pour avoir été pendant 20 ans acheteur pour différents diffuseurs norvégiens, et mais aussi scénariste pour plusieurs fictions et animations, nous livre ici son témoignage sur la production audiovisuelle qui connaît de profondes mutations tout autour du globe.

 

 

TV France International : Acheteur pour la télévision publique et la télévision privée en Norvège, scénariste freelance bilingue anglais-français : c’est un parcours atypique.

Dennis Alme De Visscher : Oui, mais toujours au service du contenu. Ma passion c’est le contenu.

Ecrire c’est produire du contenu et acheter c’est évaluer du contenu. L’un nourrit l’autre. Les deux fonctions sont complémentaires. Là, je prends une pause dans ma carrière d’acheteur pour les diffuseurs pour m’installer en France et me consacrer à la création de contenu.

En tant qu’acheteur d’abord pour le service publique (NRK) et ensuite e, tant que responsable des relations avec les studios d’Hollywood pour la chaîne n°1 du privé (TV2), j’ai vu l’audimat se pulvériser face aux offres multiples et aux nouvelles façons de consommer l’image. Les studios américains traditionnels sont en  difficulté ce qui a favorisé dans les pays nordiques nos séries originales dites « noires » tel que Ofæro (Trapped) , Bedrag (Fraude), Okkupert (Occupied), Lilyhammer .

En tant que scénariste européen, je remarque que ce sont souvent les concepts made in Europe qui avec succès sont recréés aux USA telles que Wallender, Les Revenants, Broen (Le Pont), Forbrydelsen (The Killing), Den som Dræber (Those Who Kill). Nous avons un appétit pour les histoires décapantes et nous n’avons pas franchement peur de jouer avec les règles de la dramaturgie traditionnelle d’Hollywood. Les chaines payantes (HBO, Showtime…) ainsi que les chaines vidéo à la demande (Netflix, Hulu, Amazon…) parce qu’elles ne sont pas esclaves des exigences des annonceurs, elles n’ont pas peur de bousculer la création. La TV de papi c’est fini.

TV France International : Les programmes scandinaves, et en particulier les fictions, sont très appréciés par le public. Comment expliquez-vous ce succès ?

Dennis Alme De Visscher : Pour les pays nordiques, la tempête de la révolution digitale fut  juste une opportunité pour élargir encore plus les sources de financement. Toutes nos séries sont co-produites ou pré-achetés internationalement. Souvent nous co-produisons avec nos voisins nordiques mais pas toujours. Pour la série Lilyhammer, la NRK a collaboré avec Netflix. Ceci permet d’exposer nos produits internationalement dès la production. Nous avons dans le crâne en tant que Viking, la certitude qu’il faut toujours s’exporter (pour le meilleur et le pire) !

Je crois aussi que le public apprécie que nous sommes directs, sans politesse et totalement terre à terre. Pour l’anecdote le « vous » n’existe pas en Norvège. Donc on tutoie le premier ministre. Ça donne une  franchise totale dans la création. On prend le « noir à l’âme de nos crépuscules » et on l’assume et on en fait une oeuvre.

Une autre raison de succès est que nous utilisons depuis très longtemps les méthodes de travail de la Writers’ Room et le modèle du Show Runner. La Writers’ Room offre une collaboration efficace entre les scénaristes dans le respect des droits d’auteurs. Cette méthode de travail présente un double avantage : elle catapulte les idées entre les auteurs et permet de raccourcir les délais de livraison.

Le Show Runner est la personne qui a l’autorité globale et la responsabilité artistique d’un programme de télévision : il est le fil rouge de la production. En France vous avez quelques exemples tels qu’Eric Rochant (Le bureau des légendes) et Frédéric Krivine (Un village français). Souvent le Show Runner a connu un parcours atypique.  A la base c’est l’auteur/scénariste du concept qui ayant la vision du résultat final supervise l’entière chaîne de production de la série avec les producteurs. Quelques exemples US parmi d’autres : Greg Berlanti (Arrow, The Flash, Supergirl pour CW), Carlton Cuse (Bates Motel pour A&E, The Strain pour FX Networks, Colony pour USA Network), Ross et Matt Duffer (Stranger Things pour Netflix). C’est un métier qui s’est créé sur le tas, basé sur la demande d’un garant de qualité et de gestion.

TV France International : Votre expérience en tant scénariste vous a amené à approcher différente cibles des préscolaires aux adultes.

Dennis Alme De Visscher : Oui, dès le début et par hasard j’ai travaillé directement sur différentes cibles, en plusieurs langues et avec des producteurs différents.  C’est pour moi la meilleure formation mais il faut garder le sens de l’humour. Quand vous écrivez sur des coprods internationales, on vous dit « blanc » d’un côté et « noir » de l’autre. C’est très frustrant au début mais écrire c’est récrire. C’est une école d’endurance et de diplomatie.  Il faut savoir choisir ses combats et toujours rester curieux. Là, revient bien sûr le métier d’acheteur mais pas seulement. Mon inspiration du moment c’est la dramaturgie des jeux vidéos avec son fractionnement des intrigues.

TV France International : Quelques mots sur votre intérêt pour la production audiovisuelle française ?

Dennis Alme De Visscher : C’est vrai que je n’ai pas besoin de m’installer en France pour pouvoir y travaillé car la Norvège est reconnue comme « européenne » par le CNC. La Norvège fait partie de l’Europe puisqu’elle a ratifié comme la France la Convention européenne sur la Télévision transfrontière. C’est peut-être très viking mais j’ai le besoin de me bouger, de voir des horizons et des gens différents. Et puis vos hivers sont un peu plus doux.  Je veux partager mes expériences non seulement en tant que scénariste mais aussi comme Show Runner, développement de projets, pitching coach et faire profiter les autres de mes contacts nordiques. Atypique oui ! Mais c’est une passion. Et comme disait Barbara Corcoran : “You can’t fake passion!”.

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Tel : +33681606440 / +4799741434