TV France International : Pouvez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Myriam Habil : Bonjour à tous les lecteurs !

Je suis l’attachée audiovisuelle régionale basée à Abidjan avec compétence sur le Burkina Faso, le Mali et le Niger. J’ai occupé cette même fonction à Kinshasa en République Démocratique du Congo avec compétence sur l’Afrique centrale de 2008 à 2012 et auparavant j’étais conseillère technique auprès du ministre de la communication à Bangui en Centrafrique. Diplômée d’un DEA en économie et d’un magistère médias et économie, je me suis d’abord tournée vers un poste de VIA économiste correspondante du trésor à Madagascar pendant deux ans et cette expérience m’a incité à poursuivre mon parcours au cœur de l’Afrique à Bangui !

TV France International : Quels genres de programmes rencontrent le plus de succès en Côte d’Ivoire et/ou sur les territoires que vous couvrez ?

Myriam Habil : Comme dans beaucoup de pays d’Afrique de l’ouest et centrale, les études d’audience sont très peu développées. Cependant nous remarquons une forte appétence de la population pour les séries télévisées africaines, les films africains, les comédies francophones et les films d’action, ainsi que pour le sport et le foot en particulier. On notera à ce sujet la volonté de la Haute autorité de la communication et de l’audiovisuelle ivoirienne de mettre en place un système crédible de mesure d’audience dont l’enjeu est primordial en raison de l’avènement  imminent de la TNT et de la libéralisation du secteur télévisuel en Côte d’Ivoire.

TV France International : Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Myriam Habil : L’Ambassade de France et l’Institut français de Côte d’Ivoire ainsi que les pays de ma zone organisent régulièrement des événements au sein des Instituts et hors les murs pour promouvoir la production française. Par exemple à Abidjan, nous avons soutenu les trophées du cinéma francophone en décembre 2015 et les premiers Rendez-vous du cinéma francophone d’Unifrance. Nous favorisons la production française récente pour attirer le public vers les films et les séries françaises et nous impliquons systématiquement les acteurs français de l’audiovisuel dans toutes les activités leur permettant de valoriser leurs actions.

TV France International : Comment, selon vous, va évoluer le paysage audiovisuel ivoirien dans les prochaines années ?

Myriam Habil : La Côte d’Ivoire va  basculer vers la TNT à partir d’un paysage audiovisuel composé de deux chaînes publiques hertziennes et de quatre opérateurs privés satellitaires.

Fin 2017, les téléspectateurs auront accès à une douzaine de chaînes en clair et à deux opérateurs privés de chaînes payantes, ainsi qu’un accès à la VOD, la catchup TV replay et toute autre possibilité qu’offrent les technologies du numérique terrestre.

L’enjeu majeur pour les autorités ivoiriennes c’est d’obtenir du contenu attractif et accessible au plus grand nombre avec pour perspective la création d’une véritable industrie audiovisuelle ivoirienne qui puisse « vendre des productions de qualité aux futures chaînes TV et autres diffuseurs de contenus du large marché qu’offre l’Afrique francophone ».

Ainsi, l’Etat a créé en 2008, une structure exclusivement destiné au cinéma : l’Office National du Cinéma de Côte d’Ivoire (ONAC-CI), qui est fonctionnel depuis 2011 avec un fonds dénommé Fonds de Soutien à l’Industrie Cinématographique (FONSIC).

Depuis 2012, le FONSIC accorde chaque année un appui à la production de divers projets de films en Côte d’Ivoire : RUN de Philippe Lacôte, Braquage à l’Africaine d’Owell Brown, Sans Regret de Jacques Trabi, la série Chronique Africaine de Marie-Christine Amon, etc.

En 2014, la Côte d’Ivoire se dote de la Loi N°2014-426 du 14 Juillet 2014 relative à l’industrie cinématographique.

Les perspectives économiques de la libéralisation de l’espace télévisuel poussent les opérateurs audiovisuels privés à redoubler de créativité et de professionnalisme pour être les acteurs du paysage audiovisuel ivoirien de demain et rayonner sur la zone.

TV France International : Vous avez participé au Discop Abidjan 2016. Quel est votre regard sur ce marché ?

Myriam Habil : Les institutionnels, conscients des retombées économiques de ce secteur, ont obtenu la tenue du DISCOP Africa (marché international de la création, de la production et de la distribution de contenus audiovisuels) une fois par an à Abidjan. En 2016 l’édition ivoirienne a accueilli 1142 participants, 121 fournisseurs de programmes, 183 producteurs et 221 acheteurs de droits de contenus et d’adaptations. Ce marché est en demande croissante de productions francophones et je ne cesse d’inciter les sociétés françaises à accroître leur présence à ce rendez-vous car nous observons une présence française très faible par rapport à la facilité pour eux de se déplacer dans cette zone (peu de décalage horaire, 6 heures d’avion depuis Paris, un vol direct deux fois par jour, pas de barrière de langue et une culture francophone). En revanche nous notons la venue en nombre des délégations de Turquie, de Chine, du Brésil et d’Inde qui proposent leurs produits. Même si le marché n’est pas encore mûr, il faut établir une relation de longue date pour que le jour où… les acheteurs préfèrent se tourner vers nous !

Enfin, cette édition a été marquée par le lancement du projet Digital Lab Africa, initié et porté par mon collègue Frédéric Chambon basée à Johannesburg. L’objectif du Digital Lab Africa est d’offrir un tremplin aux créateurs de productions multimédia sur le continent en permettant à leurs projets de voir le jour, avec l’appui de partenaires français référents (studios, sociétés de production, distributeurs, diffuseurs) comme ARTE (transmedia), Lagardère studios (web création), OKIO-Studio (réalité virtuelle), CCCP (jeu vidéo) et 1D Touch/Believe Digital (musique en ligne).

Présentation du Digital Lab Africa lors du Discop Abidjan 2016

L’un des cinq lauréats récompensé au Discop de Joburg en novembre 2016 est l’ivoirien Kaba Diakité Amadou pour la catégorie Serious Game !

Myriam Habil en compagnie du lauréat ivoirien du Digital Lab à Johannesburg