Nous continuons notre tour du monde des attachés audiovisuels, dans cette édition, Raphaël Ceriez, l’attaché audiovisuel au Brésil, nous parle du paysage audiovisuel brésilien et revient sur l’accord de coopération entre le CNC et Ancine.

TV France International : Pouvez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Raphaël Ceriez : Après un parcours d’études scientifiques qui m’avait déjà mené à Rio en 2000, j’ai rejoint le CNC pour participer notamment à  l’élaboration des premiers dispositifs de crédits d’impôts. Après y avoir mené des missions variées à la direction financière puis à la direction du cinéma, j’ai finalement rejoint le service audiovisuel de l’Ambassade de France au Brésil, basé à Rio, en septembre dernier.

TV France International : Quel genre de programme rencontre le plus de succès au Brésil ? Telenovela, formats de jeux, talk shows, documentaires…

Raphaël Ceriez : Il est difficile d’évaluer précisément le succès des programmes, car les audiences sont gardées secrètes par les chaînes. On voit cependant se dessiner de grandes tendances, tant sur les télévisions « ouvertes » (gratuites) que sur le marché, très segmenté, des chaînes payantes.

Bien sûr les telenovelas sont, on s’en doute, très suivies. Elles restent un produit phare de TV Globo, 4e chaîne la plus regardée au monde, avec 150 millions de spectateurs au Brésil, et l’équivalent dans la centaine de pays où la chaîne s’exporte. Seule une dizaine de novelas sont produites par an par la Globo, entièrement au « Projac », cet ensemble de studios exclusivement dévolus aux tournages maison, qui s’étendent sur 3000 hectares dans la banlieue de Rio. Il existe une vraie hiérarchie au sein de ces novelas, suivant l’horaire de diffusion auquel on les destine (18h, 20h, 21h).

Il faut également souligner l’importance des programmes religieux sur les chaînes gratuites (plus de 20% du temps de diffusion leur est consacré), ce qui est un reflet fidèle de cette tendance à l’œuvre dans la société brésilienne.

Quant aux chaînes payantes, beaucoup se consacrent à la fiction, mais aussi au sport, aux variétés, et dans une moindre mesure au documentaire.

TV France International : Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Raphaël Ceriez : Il y a actuellement une appétence marquée pour les coproductions, fortement encouragée par la « nouvelle loi de l’audiovisuel » de septembre 2011, qui introduit des quotas de production nationale sur les horaires nobles. Notre poste travaille donc en accompagnement de cette tendance, en poussant les opportunités de coproduction dans les nombreux événements professionnels qui s’y prêtent.

Quant à la production française disponible en catalogue, la tenue récente du Rio Content Market, soutenu à la fois par l’Ambassade et par TV France International, a été pour moi l’occasion de mieux connaître l’outil Screenopsis, vers lequel il me paraît tout à fait opportun de renvoyer nos partenaires brésiliens curieux de notre offre.

TV France International : Quelles sont les conséquences en matière d’audiovisuel de l’accord de coopération entre le CNC et Ancine signé le 8 mars dernier lors du Rio Content Market ?

Raphaël Ceriez : Cet accord ouvre un partenariat stratégique entre la France et le Brésil en matière d’audiovisuel. Si les deux pays ont depuis longtemps noué des liens forts dans ce domaine, il n’est pas anodin que les organismes publics chargés de leur politique audiovisuelle s’engagent désormais dans cette coopération suivie. Le partage d’informations, la mise en commun des sujets jugés prioritaires par chacun permettra notamment de mieux comprendre les grands enjeux de l’autre, les problématiques de son marché, les attentes de son public. Il s’agit d’accompagner les dispositifs en place et de consolider, de manière volontariste, le cadre qu’ils apportent. Bien sûr, l’étape la plus importante et la plus attendue de ce partenariat est l’extension à l’audiovisuel de l’accord de coproduction cinématographique déjà modernisé en 2010. Les deux parties se sont entendues sur le contenu du nouvel accord et sa signature devrait suivre très prochainement.

TV France International : Quels types de programmes français retrouve-t-on sur les chaînes brésiliennes ?

Raphaël Ceriez : Les chaînes qui nous ont signifié leur intérêt pour des programmes français étaient des chaînes gratuites qui recherchaient des films (notamment des classiques) et des documentaires sur le modèle de ceux que diffuse Arte.

En fiction, on peut noter le grand succès de l’adaptation du roman de Jean-Christophe Rufin Rouge Brésil, coproduction France 2 (France), TV Globo (Brésil) e RTP (Portugal). Quand en France la diffusion du téléfilm s’est faite en deux soirées, le Brésil a opté lui pour une adaptation au format minisérie, plus adapté au goût de son public.

Enfin les chaînes destinées au jeune public reconnaissent le talent des animateurs français, et cela se traduit par des achats de séries (grand succès de Miraculous).

Il est par ailleurs intéressant de noter, même s’il ne s’agit pas de programmes français, que les émissions sur le thème de la cuisine et des chefs français installés au Brésil sont nombreuses et connaissent un grand succès. C’est le cas de « Diario do Olivier » qui suit Olivier Anquier (chef installé à São Paulo depuis de nombreuses années)  dans ses voyages en France, à la découverte de nos terroirs et de nos saveurs. Dans la même veine, le cuisinier Erick Jacquin connait un énorme succès en étant à la fois le jury de MasterChef Brasil et le protagoniste principal de Hell’s Kitchen, tout en ayant lui aussi son propre reality show : Pesadelo na Cozinha (cauchemar en cuisine).

TV France International : Outre les programmes brésiliens et latino-américains, quelles sont les autres nationalités présentes dans les grilles de programmes ?

Raphaël Ceriez : Les programmes américains sont très présents sur les chaînes brésiliennes, qu’il s’agisse de cinéma, de programmes lifestyle, de séries (Roots, Doctor Who, mentionnons également l’anglaise Downtown Abbey) ou encore, pour les chaînes payantes spécialisées, des adaptations de reality show d’origine américaine, comme Big Brother Brasil.

TV France International : Quelles sont les grandes évolutions du paysage audiovisuel brésilien de ces deux dernières années ?

Raphaël Ceriez : La crise économique actuelle au Brésil, qui a déjà conduit plusieurs Etats à une cessation partielle de leurs paiements, ne se cantonne pas au seul secteur public mais affecte également les recettes publicitaires des chaînes, en recherche d’économies pour compléter leurs grilles.

Pour conclure sur une note plus positive, il faut je crois saluer les résultats de la politique des quotas de diffusion, comparable à celles mises en œuvre en Europe, structurante pour le secteur audiovisuel brésilien et propice au développement des coproductions.

Enfin, il ne faut pas oublier que la croissance de Netflix, si elle se heurte ici à d’autres problématiques qu’en Europe (couverture internet du pays, équipement numérique des ménages), ne subit pas l’impact, limitant pour son offre, de notre chronologie des médias.