Séries Mania ne cesse de grandir, succès public et critique certain, le festival étant passé de 38 000 spectateurs en 2016 à 53 000 en 2017, mais aussi professionnel avec son forum de coproduction où durant 3 jours près de 500 professionnels de la série TV ont eu l’occasion de se rencontrer et de profiter d’un programme riche entre Co-Pro Pitching Sessions, conférences, réseautage, vidéothèque et projections. Pour cette 8ème édition de Séries Mania, le forum de coproduction affichait complet, il faut dire que les séries cartonnent partout à travers le monde, et comme le dit Ted Sarandos, chef des contenus chez Netflix «  Le binge-watching est devenu la nouvelle norme ».

D’ailleurs, comme d’habitude ces rencontres ont commencé par la présentation, toujours très attendue d’Eurodata TV Worldwide – Médiamétrie sur les nouvelles tendances de fiction en Europe : « European Drama: Trends, exports & next hits – Case studies in the UK, Scandinavia, Italy, Germany. »

En 2016, plus de 8 350 nouveaux concepts de programmes TV et SVOD ont été lancés dans 50 pays. Plus de la moitié (53%) de ces nouveaux programmes sont des créations nationales. Les séries et les programmes factuels – magazines, documentaires – constituent les principaux viviers de nouveautés (40% chacun), les programmes de divertissement sont en légère baisse de 3 points (20% des lancements).

La formule de Jacques Ellul « agir local, penser global » s’adapte aussi à l’audiovisuel où produire (hyper)local est devenu ces dernières années source de réussite à l’international, plus un sujet est ancré localement plus les fictions réussissent globalement à l’instar de Narcos sur l’histoire du Cartel de Medellin tourné en espagnol et Colombie par Netflix. En Europe, le succès des séries scandinaves et du « nordic noir », des séries italiennes comme Medicis, les maîtres de Florence (distribué par Wild Bunch) ou The young pope, ou françaises comme Versailles (Banijay Rights), Guyane (Newen Distribution) ou Un village français (100% distribution) en sont les preuves.

En 2016, La France est devenue le 3ème exportateur de programmes en volume de titres derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni, gagnant ainsi une place, et l’Allemagne fait son entrée dans le top, à la 4ème place.

En termes de contenus, la tendance est à la marge et les auteurs de séries proposent des histoires inédites qu’il s’agisse de donner la voix aux femmes, aux communautés moins entendues, d’évoquer des thèmes qui dérangent, de changer de paysage ou de mixer les genres et les temporalités.

Le palmarès de Séries Mania en est d’ailleurs un bon exemple avec le grand prix donné à la série israélienne Your honor, un thriller où l’on se demande si l’amour parental est plus puissant que le sens de l’honneur, le prix du jury attribué à la série développée par Jill Soloway (créatrice de Transparent), I Love Dick qui mêle female gaze (regard féminin) et geste artistique dans la verve de Chantal Akerman, et le prix de la découverte à la série française Missions (AB International Distribution) une science-fiction, entre aventure et mysticisme.

En quelques années les programmations et les succès d’audiences des chaînes ont bien changé.

Source : Visactu

En matière d’importation les chaînes d’Europe de l’Ouest ont tendance à faire leur marché chez leurs voisins ou en Amérique du Nord tandis qu’en matière d’exportation leurs productions ont tendance à voyager bien plus loin d’Afrique en Europe de l’Est, d’Amérique du Sud en Asie du Sud Est.

Pour ce qui est des tendances, en Scandinavie le « nordic noir » fonctionne toujours très bien notamment dans les nouvelles productions comme les séries Follow the money («Bedrag», en version originale) un thriller économique danois ou Valkyrie une série norvégienne médicale qui se déroule entièrement dans une clinique médicale clandestine improvisée, dirigée par le Docteur Ravn, se situant dans un ancien abri souterrain de la Guerre Froide. Le dynamisme scandinave fait aussi émerger de nouvelles thématiques avec des séries de comédie comme Young & Promising ou plus politique comme Occupied (Banijay Rights).

En Italie, il y a aussi une volonté d’aller au-delà des clichés (la famille, la mafia et le Vatican) avec par exemple les nouvelle séries : La parta rossa, une série policière fantastique produite par la Rai, Lucky Luciano une série développée par Mediaset sur la vie d’un gangster italien aux Etats-Unis, coproduite avec Federation Entertainment et tournée en partie en anglais, et Diabolik, une série de la Sky tirée de la bande dessinée éponyme sur la vie d’un cambrioleur à la «  fantomas ».

L’identité des fictions allemande est moins marquée que celle de ses voisins européens néanmoins l’Allemagne a un vrai savoir-faire en matière de coproduction comme le montre les succès des séries Deutschland 83 (coproduction RTL-UFA Fiction) qui a reçu un international Emmy Awards, de Before we die un thriller à la « nordic noir » coproduit par la ZDF et la SVT ou Ku’damm 56 – Rebel with a cause une série racontant la façon dont une femme doit lutter pour s’affranchir de sa condition dans l’Allemagne des années 1950 diffusée en France sur Arte.

Le Royaume-Uni  a une grande tradition en matière de fiction historique comme on a pu le voir récemment avec la série Victoria d’ITV, mais de nombreuses productions proposent des créations originales comme  la série de la BBC The night manager une adaptation du roman de John Le Carré, « Le directeur de la nuit »,  réalisée dans un style très scandinave qui a été diffusée sur France 3.

Pour ce qui est des nouvelles productions, on parle beaucoup de la première production italienne de Netflix Suburra sur la transformation d’une ville par projet immobilier à Rome, un peu dans la lignée de l’excellent Romanzo Criminale ou encore de Gomorra.  Autre série très attendue Loch Ness une fiction produite par ITV,  se déroulant en Ecosse réalisée dans un style « nordic noir ». Au Danemark, il est question de la série Bellow the surface (StudioCanal) sur une prise d’otage dans un métro. En Suède, le format de la nouvelle comédie sur la vie de la famille recomposée Bonusfamiljen a déjà été vendu aux USA et sera adapté par NBC.  En Allemagne, Rivals Forever – The Sneaker Battle racontera la rivalité des frère Dassler, les créateurs des marques Adidas et Puma. Très attendue aussi la série produite par Showtime Networks et Sky Atklantic, Guerilla sur mouvement Black Power dans le Londres des années 1970.

Puisqu’on parle de projet en production, lors de la rencontre avec Entertainment One, qui accroît ses activités en investissant dans des équipes de développement et de production à Los Angeles, Toronto, Sydney et Londres, Polly Williams, Head of Scripted Drama au Royaume-Uni a présenté un projet en développement : Villette une adaptation du roman du même nom de Charlotte Brontë racontant la migration d’une jeune britannique dans une petite ville française. Pour cette série elle cherche des partenaires français (coproducteur et/ou diffuseur)

Pour connaître le palmarès complet de Séries Mania et du prix de forum de co production.