TV France International : Bonjour Luciano ! Vous êtes actuellement Attaché Audiovisuel Régional pour le Proche Orient (Irak, Jordanie, Liban, Syrie et Territoires Palestiniens), basé à Beyrouth, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Luciano Rispoli : Titulaire d’un DEA en sciences politiques sur le monde arabe (Science-Po Paris), d’un DESS en droit des organisations internationales (Sceaux) et d’un DESS en droit et administration de la production audiovisuelle (Sorbonne), j’ai commencé à travailler pour CFI en 1995 où j’ai été directeur pour le monde arabe et l’Afghanistan. Cette expérience très enrichissante m’a permis de bien connaître la production et la distribution française et a été l’occasion de nombreuses et fructueuses collaborations avec TV France International puisque j’achetais aussi des programmes français pour les télévisions partenaires de CFI dans le monde arabe. J’ai également eu l’opportunité de mettre en place de nombreux projets de coopération dans le domaine des médias en général quand j’étais à CFI et d’acquérir une expérience sur la levée de fonds auprès de bailleurs internationaux et auprès également l’Union Européenne.

Fin 2007, le ministère des affaires étrangères m’a proposé de partir en Turquie, à Istanbul, comme attaché audiovisuel régional pour l’Asie Centrale et le Caucase. J’ai pris mes fonctions début janvier 2008. Pendant cette période j’ai tenté modestement de contribuer, au-delà de la télévision, à la promotion des contenus et des savoir-faire français dans cette région peu, voire pas francophone. Au-delà de notre savoir-faire, ce sont nos modèles de soutien à la création qui intéressent nos partenaires, dont les industries culturelles et créatives sont émergentes. Et nos modèles, je l’ai souvent constaté, fascinent. Pour en citer quelques-uns que j’ai eu le plaisir de présenter ou de faire présenter par leurs cadres, je peux citer le CNC, le CSA, et bien entendu TV France International qui s’est déployé au sein du premier Discop Istanbul !

Fin 2011, j’ai été nommé à Bruxelles pour diriger le réseau EUNIC, qui regroupe les maisons mères des instituts culturels des Etats membres de l’U.E. L’objectif était de proposer progressivement une sorte de diplomatie culturelle de l’U.E. qui assurerait, par la mise en œuvre d’actions culturelles, la promotion des expériences européennes que sont la paix, le dialogue, la conciliation, l’esprit de concession, la tolérance… La même année j’ai passé le concours de secrétaire des affaires étrangères « Orient », dans l’espoir d’intégrer le « Quai d’Orsay ». Et ma surprise fut immense quand j’ai appris que j’avais été reçu ! Retour vers Paris donc pour une nouvelle carrière à… 45 ans. Rédacteur Tunisie au « Département » comme disent les diplos, de 2012 à 2013, puis conseiller politique intérieur et presse à Bagdad en Irak de 2013 à 2015 et me voilà heureux avec une double casquette à Beyrouth, comme attaché audiovisuel – métier qui ne me quitte pas et auquel je suis fidèle – et comme conseiller culturel adjoint et directeur adjoint de l’Institut français du Liban.

TV France International : Quel genre de programme rencontre le plus de succès au Liban ?

Luciano Rispoli : Au Liban les programmes qui marchent le mieux sont, à égalité, les série de bonne qualité, notamment les turques doublées en arabe, et les émissions de divertissement adaptées suite à des achats de format partout dans le monde, dont la France ! Les productions françaises se vendent peu au Liban parce que les chaînes françaises sont accessibles par satellite et reprises par certains réseaux de distribution câblée. Elles contribuent grandement à la francophonie au Liban et au-delà, dans la région.  

TV France International : Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Luciano Rispoli : En Jordanie, le poste à mis en place une très belle opération de promotion des contenus français et, partant, de savoir-faire français dans le domaine de la production. L’ambassadeur de France a invité en sa Résidence le producteur du Bureau des légendes, M. Alex Berger, et M. Hervé Michel, Président de TV France International. Ils ont présenté l’état des exportations françaises dans le monde et la méthodologie de production mise en place par Oligarchs Productions, la société qui produit « le Bureau ». Le lendemain de cette soirée au cours de laquelle les épisodes 1 et 2 de la première saison ont été projetés, l’exercice a été renouvelé à l’Institut français de Jordanie, à Amman. Cette opération sera certainement dupliquée dans la région !

La délégation française à Amman – Luciano Rispoli est le second à partir de la droite, Hervé Michel, le 5ème et Alex Berger le 7ème.  

Au Liban, l’ambassade de France au Liban a signé en 2016 un accord de coproduction cinéma entre la France et le Liban. Elle met en place des actions de formation (radio) au profit des médias publics libanais et apporte enfin son soutien, par le biais de ressources budgétaires spécifiques, au développement des écritures numériques en presse (écrite, phonique et visuelle), dans le cadre d’un programme de deux ans. Ces actions, comme peuvent le constater les lecteurs de la lettre d’information de TV France International, ne sont pas orientées en faveur directement de la production TV. Car, j’y reviens, les chaînes françaises sont présentes et le marché libanais trop étroit. Mais toutes ces actions stabilisent un environnement francophone et contribuent à son développement.

Dans le Kurdistan Irakien, mais aussi en Jordanie et dans les Territoires palestiniens comme au Liban, l’attaché audiovisuel régional collabore étroitement avec CFI qui met en œuvre de nombreux, ambitieux et très utiles projets de formation et d’accompagnement de la jeunesse à la maitrise des métiers de l’audiovisuel et du numérique.

TV France International : Comment selon vous a évolué le paysage audiovisuel des pays de la zone ?

Luciano Rispoli : Cette région du monde comme partout ailleurs est confrontée aux défis du numérique. Ici, probablement avec plus d’acuité, en raison d’une méfiance des citoyens vis-à-vis des médias d’information publics ou privés d’ailleurs. Or si le numérique permet plus de liberté, il devrait aussi imposer une éducation à l’analyse des contenus et à l’esprit critique. Cet axe, déjà abordé par CFI, est essentiel dans le maintien de notre présence, sur les enjeux de l’information et de la jeunesse.