Nous revenons, avec Nicolas Coppermann, Président d’EndemolShine France et du SPECT, sur sa récente intervention au colloque de la chaire académique audiovisuelle et numérique de l’université Paris 2 et sur les enjeux du secteur à l’international.

 

 

 

 

L’entretien

TV France International : Vous avez pointé la barrière de la langue comme l’un des éléments handicapant l’exportation des fictions française. Faut-il produire en anglais pour mieux exporter ?

Nicolas Coppermann : Il ne s’agit pas de ne produire qu’en langue anglaise, tout dépend bien entendu des projets.  Je me bats pour faire exister des projets ambitieux en français, mais il reste encore du chemin à parcourir. Il est en effet plus difficile de rassembler les financements nécessaires à des projets d’envergure en français allant au-delà d’un financement « traditionnel » assis sur un seul diffuseur national et un MG international. Par exemple pour mobiliser plusieurs diffuseurs premium internationaux.

Et la version anglaise n’est pas non plus un eldorado, car il faut alors préserver nos spécificités (les sujets, le tropisme ou le background français) dans un environnement anglo -saxon, en étant de plus en concurrence avec des producteurs du monde entier (scandinaves, israéliens, allemands par exemple) qui sont sur la même ligne de départ.

La bonne stratégie consiste à développer dans l’une ou l’autre langue, selon les sujets, avec des partenaires différents. Les productions en français sont adaptées à des projets destinées aux diffuseurs traditionnels ou à des plateformes, avec une ambition contrainte par des budgets de production nationale. Dans quelques cas, sur des sujets très internationaux, il est possible d’aller chercher des coproductions ou des MG distributeur. Les choses bougent un peu pour ce type de projets, qui ne vont pas se substituer au marché domestique cependant.

Sinon, la VA est plus naturelle pour être immédiatement international, mais suppose des projets singuliers, originaux, avec des éléments artistiques forts, et un package artistique, au sens large, soigné. En termes de valeur de catalogue aussi, le chemin de la production originale française est beaucoup plus étroit que celui de la production en anglais. Les ventes se développent sans aucun doute, mais les prix restent beaucoup plus faibles

 

TV France International : Un nouveau géant, Amazon Prime Video est entré sur le marché français, il y a un an maintenant. Comment les percevez-vous ?

Nicolas Coppermann : Amazon est un vrai nouvel acteur sur le marché de la production française. Sans avoir les volumes de nos clients traditionnels, Amazon a la volonté de développer des productions françaises, pour un public français, contrairement à Netflix par exemple, qui semble avoir un tropisme immédiatement international. Leur schéma d’affaires semble également moins arrêté, tant en termes de droits cédés que de possibilité de fenêtrage avec une chaîne en clair par exemple, ce qui est un choix intéressant pour toucher un public le plus large possible.  Mais tout évolue très vite…

 

TV France International : Pensez-vous qu’une plateforme européenne soit souhaitable voire envisageable ? si oui, à quelles conditions ? quels contours ? avec quels partenaires ?

Nicolas Coppermann : Elle est souhaitable, oui, mais est-elle envisageable ? Est-il encore temps technologiquement ? Je serais ravi si un partenaire non américain rentrait dans le jeu. Les producteurs sont ouverts à des discussions sur des relations différentes avec les diffuseurs pour l’exploitation des séries sur les plateformes. L’équivalent européen d’un Hulu serait une bonne chose et j’ai l’espoir qu’un projet pourra se concrétiser. Le problème des plateformes est le manque de visibilité des programmes. Si l’on va vers une diffusion pour le plus grand nombre, il sera plus facile de passer des deals.

 

TV France International : En tant que producteur, quels rapports construire avec les diffuseurs et les plateformes pour faciliter la circulation des programmes ?

Nicolas Coppermann : La logique de partenariat est le meilleur moyen d’exploiter les œuvres. Plus il y a de projets d’installer quelque chose de cohérent avec le marché, plus les relations pourront se détendre. C’est avec une volonté et un horizon clair d’exploitation large des droits que nous pourrons nous mettre d’accord plus facilement.

 

TV France International : Quel a été l’impact de la fusion  Endemol / Shine France sur la distribution de vos programmes ?

Nicolas Coppermann : La fusion est encore récente, puisqu’elle est effective depuis mai dernier. Le premier impact est de réunir un ensemble de programme sous une seule entité. Pour les formats, cela se traduit par un push plus important en termes d’import, où nos ventes France ont augmenté, ainsi que d’export (avec des programmes comme Prodiges ou Le grand blind test) qui vont bientôt se traduire par des résultats concrets.  Les équipes des pays où nous sommes présents sont mobilisées pour faire exister les formats crées en France. Pour la fiction, il est encore trop tôt pour juger, mais il y a beaucoup de discussions en cours.

 

TV France International : Vous êtes aussi le président du Spect, quels sont vos enjeux pour l’année à venir ?

Nicolas Coppermann : Notre principal enjeu est de chercher collectivement le chemin pour s’adapter aux nouveaux modèles économiques de notre secteur. Et contribuer au rayonnement de notre modèle culturel. C’est particulièrement d’actualité à l’heure où le gouvernement s’intéresse à la refonte de l’audiovisuel et particulièrement de l’audiovisuel public. Sur ce dernier, il nous semble important de garder une logique de mass média. Le service public doit toucher et divertir le plus grand nombre (pas forcément à tout instant), pour atteindre les objectifs culturels, éducatifs et multi-générationels qui sont mis en avant; or cette notion est parfois absente des discours qu’on entend actuellement.