Illégitime Défense vient de finaliser un nouveau docu-fiction, Delacroix, d’Orient et d’Occident. 3 ans après Le fabuleux destin de L. Elisabeth Vigée Le Brun – Peintre de Marie-Antoinette récidive donc et propose un documentaire sur l’un des maîtres français de la peinture. L’occasion pour Arnaud Xainte, Producteur/Auteur-réalisateur et Virginia Henry, Directrice des ventes,  de revenir sur la genèse du documentaire, le docu-fiction et les spécificités de la distribution de tels documentaires.

L’entretien

TV France International : Tout d’abord, nos sincères félicitations pour cette nouvelle magnifique production. 3 ans après le docu-fiction sur Vigée-Lebrun, vous ré-embrayez sur un autre peintre de génie, Eugène Delacroix. Pourquoi un docu-fiction sur ce peintre là précisément ?

Illégitime Défense : Vigée Le Brun était notre première incursion dans le documentaire fiction. Ce genre hybride nous semblait la seule solution pour raconter une histoire en 2 x 52 minutes, sur une période historique où ni la photo ni la vidéo n’existaient pour nous permettre d’illustrer de notre propos.  Un genre qui n’a pas toujours bonne réputation, à juste titre : les réalisateurs-trices de docu-fictions viennent souvent du documentaire pur et ne savent pas travailler avec des acteurs, voire en ont peur. Ils se contentent donc d’évocations légères et finalement assez vides de sens. Ce sont souvent de simples illustrations. Alors que, bien pensées, ces reconstitutions peuvent et doivent être un parti-pris esthétique et narratif fort qu’il faut assumer de bout en bout. Pour Vigée, elles illustrent ses mémoires, sa façon bien à elle de réinventer son passé, presque de forger sa propre légende. La portraitiste dit bien qu’en écrivant ses souvenirs elle va revivre sa jeunesse.

Après ce premier film que les spectateurs et les diffuseurs ont bien reçu, il nous fallait transformer l’essai avec un second documentaire fiction. C’est toujours le second le plus difficile. Delacroix s’est proposé à nous pour deux raisons : le réalisateur, Arnaud Xainte, avait lu, adolescent, le journal de Delacroix qui l’avait beaucoup marqué ; et il y avait une exposition au Louvre qui se profilait pour 2018 (même si finalement le Louvre n’est pas partenaire).

Enfin il y avait une logique étrange à faire ce film : Delacroix commence à peindre quand Vigée Le Brun est en fin de carrière. Elle est vraiment un peintre du 18è siècle, alors que Delacroix est totalement dans son siècle. Cassant les codes, il tourne le dos au Néo-classicisme et invente un style bien à lui, ce que les critiques lui reprocheront d’ailleurs toute sa vie. Donc ce film s’inscrit, d’une certaine manière, dans la suite historique du Fabuleux destin d’Elisabeth Vigée Le Brun.

TV France International : Vous avez remportez en 2011 le Prix export documentaire avec Kadhafi, notre meilleur ennemi, un documentaire fascinant sur les relations qu’entretenait l’Occident avec Kadhafi. En 2016, vous avez également reçu le prix du Producteur avec le docu-fiction  sur Louise-Elizabeth Vigée-Lebrun. Les portraits que vous proposez sont reconnus au niveau national et international. Le portrait, serait il la signature d’Illégitime Défense ?

Illégitime Défense : Pas particulièrement, même si nous en avons fait un certain nombre, tant en art et culture qu’en géopolitique. Parler de la grande histoire à partir de parcours personnels singulier permet une narration tendue, avec du suspens et surtout permet de moins de disperser. Car la Grande Histoire a tendance à partir dans tous les sens, c’est son essence même !

D’une manière générale, nous sommes guidés par la curiosité, la volonté et le goût de découvrir de nouvelles choses, des personnages, des histoires. Et ça peut produire des biographies, mais aussi des films d’histoires, à partir d’archives, comme nous venons de terminer Opération Sauver les enfants réalisé par Jean-Charles Lassus pour Planète +, ou bien un film lié à une exposition, mêlant art et histoire, comme le film de Laurence Thiriat et Leslie Grunberg, Venise l’insolente pour ARTE, ou bien des films de sciences, comme Au cœur des robots, réalisé par Bruno Victor-Pujebet pour ARTE GEIE en 2015 ou encore des films de société, comme Harcèlement à l’école, réalisé par Amandine Stelletta en 2013 pour France 5.

TV France International : Des artistes, des grandes actrices mythiques, des hommes politiques… En tant que distributeur, comment le portrait s’exporte-il ?

Illégitime Défense : Les programmes de Culture s’exportent plutôt bien à moyen ou long terme. Ce n’est jamais instantané comme peuvent l’être les documentaires d’Investigation. Mais ils s’exportent très bien.  Notre série, par exemple, sur les portraits des grandes stars Hollywoodiennes se vend bien à l’international car nous l’avons laissé s’installer sur plusieurs années.

Concernant notre investigation sur « Bachar », nous l’avons exploitée dans le monde entier avant même que celle-ci ne soit réalisée. Nous avons eu plus d’une quinzaine de diffuseurs qui l’ont pré-acheté.  A l’heure actuelle,  nous avons déjà 24 territoires qui l’ont acquis et encore plusieurs pays toujours intéressés par ce portrait.

Même chose pour notre documentaire sur le duel Gorbatchev/Reagan : Duel au Sommet. C’est un doc qui s’exporte très bien dans le temps dans ses deux formats, 90 et 52 minutes.

TV France International : Sur les grilles françaises, nous avons des reportages sur les beaux arts, des chaînes thématiques, en particulier sur l’histoire, l’arrivée de Museum TV, mais le documentaire sur beaux arts et les artistes peintres n’est pas le genre le plus visible. Doit-on voir dans ce choix de cette thématique et de ce traitement en docu-fiction une réponse clef en main aux diffuseurs ?

Illégitime Défense : La première des choses, c’est une actualité. Clairement, des films comme Vigée Le Brun et Delacroix avaient peu de chances de voir le jour si le Grand Palais ou le Louvre n’avaient pas programmé de rétrospective. En revanche, c’est certain, aujourd’hui, nous avons démontré une capacité à livrer des films ambitieux où l’esthétique de l’image ne cède rien au propos tenu. Nous pensons sincèrement que beaucoup de sujets peuvent être abordés, si tant est qu’une forme agréable à regarder facilite l’accès du spectateur au sujet. Et d’ailleurs, c’est ce qui nous excite dans notre métier, trouver, à chaque fois, une forme logique et légitime pour chaque sujet. Bien sûr, c’est plus facile de rêver sur des films d’histoires ou d’art et culture que des films reflétant notre société. Mais néanmoins nous veillons à ce que l’image soit vraiment belle, presque cinématographique.

TV France International : Au niveau international, comment les acheteurs, les diffuseurs approchent ils ce genre et cette thématique ?

Illégitime Défense : Ils sont enthousiastes. C’est un programme de Culture et d’Histoire, mais c’est aussi un docu-drama de 90 minutes dont la narration très écrite est largement inspirée des codes de la fiction. Ce n’est ni un documentaire classique, ni une fiction mais un peu les deux en même temps. Pour ce programme sur Eugène Delacroix, nous avons un grand nombre de diffuseurs passionnés par le sujet qui attendent avec impatience de pouvoir le visionner. Nous avons également déjà des diffuseurs qui nous ont fait confiance et l’ont préacheté à la lecture du scénario. Pour ce genre de programmes, les diffuseurs sont souvent un peu réticents au départ tant à cause de la durée que du format, ne se décident qu’après visionnage puis font le forcing auprès de la direction de leur chaîne pour l’acquérir. Quitte à le programmer à Noël, comme ce fut parfois le cas pour Vigée Le Brun, film qui retrace une vie suffisamment romanesque pour faire rêver les spectateurs au moment des fêtes.

TV France International : Delacroix, qui en plus d’être facilement identifiable à la France grâce à son célébrissime tableau, La Liberté guidant le peuple, son travail et sa personnalité ont une dimension éminemment internationale puisqu’il est aussi le peintre du Maroc et des marocains. C’est je suppose un élément non négligeable pour le monde islamique et arabo musulmane en particulier. Mais quelles actions allez-vous mettre en œuvre pour la présentation de ce documentaire à l’international ?

Illégitime Défense : Le fait de réaliser trois versions dont une version Arabe, nous a ouvert un certain nombre de diffuseurs des pays de cultures musulmanes qui étaient, dès le départ, intéressés par le sujet car Eugène Delacroix est dans la mémoire collective de plusieurs pays du bassin méditerranéens !!!

La version doublée arabe leur montre, par ailleurs, que nous avons pensé le film aussi pour leurs spectateurs.

TV France International : La grande chaîne marocaine 2M est coproductrice et va diffuser prochainement le documentaire. Quelles ont été vos relations ?

Illégitime Défense : Magnifiques. Nous connaissons Reda Benjelloun depuis longtemps maintenant et nous lui avions vendu des films plus géopolitiques, comme Kadhafi notre meilleur ennemi, d’Antoine Vitkine.

Dans le cas de Delacroix, ils nous ont non seulement apporté un soutien financier, mais également nous ont introduit auprès d’instances officielles. Enfin, ils ont visionné le film pour nous éviter d’aborder le sujet avec un œil trop occidental. Car, dans ce film, il y a des thématiques liées à la colonisation, à la découverte par Delacroix d’un monde qu’il ne connaît pas et ne comprend pas toujours, faute d’avoir les clés nécessaires. Mais ce qui est lié à l’ignorance de Delacroix ne peut plus être ignoré par nous, Occidentaux du 21è siècle. En résumé, nous marchions sur des œufs et 2M a vérifié que nous évitions bien les écueils culturels et historiques toujours possible, quelle que soit notre volonté de bien faire.

TV France International : Vous avez d’ailleurs 3 versions, une version française, une version anglaise et donc une version arabe. C’est bien évidement un « plus » pour votre prospection mais y a t-il des différences significatives entre ces différentes versions ?

Illégitime Défense : Non, aucune, à ce stade. Il est juste possible que dans certains pays du Moyen-Orient, nous soyons obligés de masquer certaines nudités dans des tableaux ou photographies.

TV France International : Vos futurs projets… vous pouvez déjà nous en glisser quelques mots ?

Illégitime Défense : Un portrait sur Georges Gershwin et Venise au 18 siècle. Egalement, un film de géopolitique dont nous ne pouvons pas encore parler.