La 28ème édition du Mifa vient de s’achever. Mickael Marin, l’actuel délégué général et futur directeur du CITIA revient sur cette édition de tous les records et nous livre quelques éléments sur sa future politique à la tête de l’établissement.

© F. Blin / CITIA

L’entretien

 

TV France International : La 28ème du Mifa vient de s’achever. Nous venons d’assister à une édition exceptionnelle

Mickael Marin : C’est même une édition record ! La participation a augmenté de 17 % pour le Festival et le Mifa avec un total de 11 700 accrédités et pour le Mifa la croissance est encore plus importante avec 23% d’accrédités supplémentaires. Depuis 2014, nous assistons à une amplification de la participation. En 5 éditions, cela représente 65% d’augmentation.

TV France International : Quelles ont été les grandes tendances de cette édition ?

Mickael Marin : Côté Festival sans aucun doute l’animation adulte et les sujets de sociétés ou politique traités dans de nombreux longs métrages en sélection officielle. Côté marché, la réalité virtuelle est de plus en plus visible. Au niveau des zones géographiques en croissance, l’Amérique du Sud continue sa progression avec notamment le Brésil fortement représenté cette année. Les USA, le Canada et la France sont aussi en progression.

TV France International : Cette année, vous avez lancé un certain nombre d’initiatives pour accompagner le secteur – les projections marché, Meet the Composers, Shoot the Book Anim’et les Demo Sessions – quel bilan tirez-vous de ces cessions ?

Mickael Marin : Le bilan est plutôt positif et nous reconduirons probablement l’ensemble des dispositifs en 2019 en affinant notre proposition et en tenant compte du retour des participants et de nos partenaires. Certains dispositifs comme les projections marché demanderont du temps pour s’installer mais nous sommes convaincus que cette offre peut améliorer la visibilité et la circulation de longs métrages.

TV France international : Un espace VR (réalité virtuelle) était présent sur le marché. Comment voyez-vous l’avenir pour cette technologie dans le secteur de l’animation ?

Mickael Marin : Au-delà des innovations technologiques, il faut surtout considérer la réalité virtuelle comme une nouvelle façon de raconter des histoires. C’est une nouvelle grammaire dont les créateurs sont en train de s’emparer. Comme pour chaque médium, la réalité virtuelle ne rencontrera son public que si elle est capable de transmettre des émotions. Le contenu sera la clé et je n’ai aucun doute sur la capacité de notre secteur à jouer un rôle majeur dans cette nouvelle proposition. Annecy d’ailleurs jouera son rôle de caisse de résonance pour accompagner les acteurs déjà en place ou les nouveaux entrants.

TV France International : Nous pouvons considérer la France comme un grand pays de l’animation avec d’excellents chiffres à l’exportation de l’animation française. Plus spécifiquement, les exportations de programmes TV d’animation hissent la France à la troisième place. Comment expliquez-vous ce succès ?

Mickael Marin : Plusieurs facteurs expliquent cette performance : l’excellence de la formation, les différentes mécanismes d’aides, le rôle des diffuseurs, des distributeurs, la qualité des auteurs, des créateurs, l’apport des Régions… Impulsé par la puissance publique, c’est un écosystème qui s’est construit en une trentaine d’années et qu’il faut aujourd’hui renforcer pour continuer à être dans le trio de tête. C’est une réussite qu’il faut préserver car la concurrence s’intensifie et se mondialise années après années. L’animation française fait partie des champions de notre économie. Il est utile de le rappeler.

TV France International : Vous allez prendre la direction de CITIA en juillet prochain. Quels sont les grands axes de la politique que vous souhaitez mettre en place ?

Mickael Marin : Je m’inscris d’abord dans la continuité du travail réalisé depuis 2006 sous la Direction de Patrick Eveno. Cette continuité est essentielle pour renforcer la place d’Annecy et continuer à développer notre offre et notre savoir-faire.

Durant les cinq prochaines années, les enjeux seront grands : comment accompagner la croissance de la manifestation tout en gardant « l’esprit d’Annecy » qui en fait sa réputation, comment donner une juste place à chaque format (court métrage, série TV, long métrage) et montrer de nouvelles formes de création comme la VR, comment être la vitrine de l’animation mondiale tout en gardant une place particulière pour l’animation française… La vérité est probablement dans le respect des équilibres qui ont été la colonne vertébrale de la politique de Patrick Eveno. C’est une conviction forte qu’il m’a transmise et dont je serai le gardien.

Je souhaite également et c’est un virage que prend  le Festival, ouvrir d’avantage la manifestation au grand public. Dès 2019, nous prendrons des mesures en terme d’organisation et de contenus afin de permettre au plus grand nombre de participer à ce rendez-vous qui nous réunit depuis 1960.

Lauriane Gouttenoire / CITIA