TV France International: Pouvez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Nicolas Piccato: Bonjour aux adhérents de TV France International ! Je suis Nicolas Piccato, attaché audiovisuel à Ottawa depuis l’automne 2017, pour cet immense pays qu’est le Canada, et je cumule une partie des tâches du poste (supprimé) d’attaché culturel. J’ai vécu en Corée du Sud, dans le privé pendant dix ans et dans le public quatre. J’ai fait des études de management pendant lesquelles je m’occupais du ciné-club, et suis toujours resté fidèle à ma passion pour les contenus de qualité !

TV France International: Quel genre de programme rencontre le plus de succès au Canada ?

Nicolas Piccato: Il faut surtout distinguer les régions du Canada, les visionnages sont très différents. En termes de région d’abord, au Québec francophone, ce sont les contenus Québécois, très locaux donc, qui priment. Ce sont d’ailleurs souvent des formats achetés à la France et produits localement. Une acquisition qui a fait un peu de bruit cette année a été le format de Dix pour cent qui sera produit à la sauce québécoise.

Du côté anglophone, ce sont les séries américaines qui ont le dessus évidemment, immédiatement suivies par des séries locales anglophones. Quand les minorités sont représentées, pas forcément les premières nations (encore que le cas de Mohawk Girls mérite l’attention), mais des minorités établies comme les Coréens (la série Kim’s Convenience), la visibilité est accrue.

En termes de support, Netflix attire environ 7 millions d’abonnés sur 34 millions d’habitants, dans un pays où sortir l’hiver demande un certain effort, et le visionnage y est différent. Chaque opérateur internet a d’ailleurs sa propre offre de VàD.

Bruno Marcil, Karine Gonthier-Hyndman, Danièle Lorain et Benoit Mauffette incarneront les quatre agents de l’agence AMG dans l’adaptation québécoise de la série Dix pour cent. Photo : ALSO

TV France International: Y a-t-il de grandes différences entre le marché francophone et anglophone ?

Nicolas Piccato: Oui, colossales, mais il ne faut pas oublier que le « marché francophone » tel qu’on l’imagine dans un premier temps, le Québec, ne représente que 8 millions d’habitants. Inversement, les francophones sont partout au Canada, dans des proportions allant de 10% à 40%, et les contenus francophones ont potentiellement un attrait d’Halifax (et surtout Moncton) à Vancouver ! A noter d’ailleurs que les contenus français ont tendance à être plus apprécié hors Québec que les contenus Québécois, perçus comme dérangeants, sans « l’exotisme  français ».

TV France International: Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Nicolas Piccato: Nous avons déterminé que tout ce qui engage la co-création était le plus susceptible d’être vu et intéressant, donc nous travaillons à des échanges de professionnels ; à Montréal avec les rencontres de producteurs ; entre femmes de l’audiovisuel depuis le Toronto International Film Festival vers les Arcs ; à travers des rencontres de professionnels de l’animation à Ottawa ; en invitant des sociétés françaises à des « Creation Lab » leur permettant de travailler avec (ou contre) leurs homologues canadiens à Winnipeg ; etc.

Par ailleurs nous travaillons à la signature –puis ce sera la mise en application- du traité de coproduction bilatéral, qui remplacera (efficacement on l’espère, et très bientôt) les deux mini-traités et les trois fonds de soutien en voie d’être abandonnés.

Nous allons inclure dans le rendez-vous professionnel dédié à la TV (Prime Time, en janvier à Ottawa, organisé par CMPA, l’association de producteurs du Canada), une participation française dans les panels.

Enfin, nous réfléchissons à aider le Canada à développer à terme un showcase de séries, ce qui n’y existe pas encore, mais ferait probablement notre affaire ; surtout si ce showcase est dédié à la diversité des contenus et exclut par exemple les séries en anglais.

TV France International: Quels types de programmes français retrouve-t-on sur les chaînes canadiennes, et quelles chaînes françaises sont présentes ?

Nicolas Piccato: A part au Québec, où  Mezzo Live HD, Canal + international, France24 et Euronews  sont accessibles, c’est l’animation qui tire le mieux son épingle du jeu, suivie de plus loin par le documentaire. D’ailleurs fin septembre a lieu le festival d’animation d’Ottawa (OIAF), événement majeur de l’animation au nord du Rio Grande, où la France est systématiquement très bien représentée. Les contenus français sur les chaînes canadiennes sont rares. Les obligations de diffusion des productions de l’Office National du Film et la production locale abondante, en plus de l’engouement pour les contenus nord-américains, limitent ce potentiel.

TV France International: Outre les programmes étatsuniens, quelles sont les autres nationalités présentes dans les grilles de programmes ?

Nicolas Piccato: Grâce aux chaînes spécialisées hispanophones comme TLN, les contenus d’Amérique latine, et en Colombie Britannique des contenus chinois, japonais et coréens, toujours sur des chaînes. Sinon, ce sont les contenus en français produits au Canada qui tiennent le haut du pavé : il y a TFO, la télévision française de l’Ontario, ainsi que TV5 Monde Québec Canada (différente de TV5Monde mais qui propose des programmes français) et Unis.tv (contenu exclusivement canadien), deux chaînes disponibles partout au Canada.

TV France International: Quelles sont les grandes évolutions du paysage audiovisuel canadien de ces deux dernières années ?

Nicolas Piccato: La première est fatalement structurelle, avec Netflix à la conquête du pays, qui devient une sorte de bras armé de la politique audiovisuelle du pays (tel que décrit par les autorités…), et de manière surprenante, une source de diversité de contenus (en gros, la TV propose 90% de contenu US et 10% de contenu canadien).

La deuxième est la volonté déclarée de s’étendre à l’international (budgets, délégués commerciaux, et interventions extérieures). Les productions sont donc pensées pour l’export.

La troisième concerne la production : le Canada était déjà une terre de production connue (crédits d’impôt entre autres), mais suite à un bilan interne, la capitale nationale (Ottawa) travaille à résoudre le problème des doubles taxes (Québec Ontario) et œuvre à la création de studios de production importants pour le printemps 2020. Ceux-ci devraient également s’accompagner de résidences et de programmes d’incitation.

Côté production toujours, je ne résiste pas à mentionner à nouveau l’accord de coproduction bilatéral, qui devrait permettre au Canada de garder son rôle de deuxième partenaire de la France dans le domaine de l’animation.