IFP Week 2018 : Plusieurs projets français invités pour la troisième année consécutive sur le marché américain le plus sélectif de la Côte Est, sous l’impulsion de l’association French in Motion. Sa fondatrice et présidente, Nathalie Perus, et Laetitia Giansily-Doyle, présidente de la branche Washington DC reviennent sur la genèse et les enjeux de ce marché et nous dressent un bilan de cette édition 2018.

Nathalie Perus et Laetitia Giansily-Doyle

TV France International : FIM, French in Motion est une organisation récente (mai 2016). Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

French in Motion : French in Motion est une organisation professionnelle franco-américaine basée à New York, rassemblant tous les métiers qui contribuent à la création et à la fabrication d’un film, d’une série, d’un documentaire : nos membres sont scénaristes, réalisateurs, chefs déco, producteurs, distributeurs, institutionnels… Nous avons le soutien des services culturels et d’Unifrance dont le cadre de mission ne permet pas nécessairement d’intervenir sur le co-développement et la coproduction des œuvres en amont. Notre organisation rassemble les professionnels du cinéma et de la télévision qui travaillent sur des projets internationaux. Soit des Français installés ici, soit des Français qui cherchent des partenaires aux Etats-Unis, soit des Américains qui cherchent des partenaires et des talents en France. Depuis peu, French in Motion s’est doté d’une branche régionale à Washington DC. Piloté par Laetitia Giansily-Doyle, distributrice et représentante de Terranoa aux Etats-Unis.

 

TV France International : US & French Connection s’est tenue lors de l’IFP Film Week avec un volet à Paris. Quelle a été la genèse de cet événement ?

French in Motion : Depuis la création en 2016, FIM est le partenaire attitré de l’IFP (Independent Filmmaker Project) en ce qui concerne la sélection de projets français pour le marché de la Film Week chaque septembre. Parmi les 150 projets sélectionnés (sur 2 000 candidatures), un tiers des projets sont internationaux. Ces projets internationaux ne peuvent pas candidater en direct auprès de l’IFP (ce serait trop lourd à gérer, et ils n’ont pas moyen de connaître les équipes ni leur travail). L’IFP compte donc sur ses partenaires pour faire remonter et filtrer les projets initiés hors des US, les mieux adaptés à leur marché. La confiance qui s’est tissée lors de ces collaborations annuelles, ainsi que l’intérêt que nous avons reçu de la part du marché US lors des précédentes sessions, nous ont porté à vouloir donner encore plus d’ampleur à notre partenariat. Il nous semblait évident avec l’IFP qu’il fallait créer un programme à deux jambes, qui ait un relais de part et d’autre de l’Atlantique. Aussi avons-nous initié des discussions avec Champs-Elysées Film Festival, qui est un festival franco-américain qui a lieu en juin à Paris, pour faire venir des équipes américaines sur la partie professionnelle du festival. Car de nombreux réalisateurs et producteurs indépendants américains sont aussi demandeurs de travailler avec des partenaires français. L’envie est dans les deux sens. Nous avons appelé ce programme bidirectionnel US & French Connection. Les équipes américaines peuvent aider et conseiller les équipes françaises quand elles viennent sur le marché US et inversement. Les alumni du programme constituent un réseau qui s’enrichit tous les ans et qui permet toutes sortes de collaborations présentes et futures.

 

TV France International : US & French Connection 2018 s’est donc achevé le 20 septembre dernier à New York. Quel bilan tirez-vous de cette saison ?

French in Motion : Le bilan est excellent. C’est la première fois que nous avions des équipes françaises et américaines sélectionnées. (Les années précédentes les équipes étaient 100% françaises) Nous avons organisé un dîner pour les équipes d’US & French Connection avant le début du marché où les producteurs et les réalisateurs ont pu faire connaissance et échanger sur leurs projets respectifs, si bien qu’ensuite sur le marché ils se retrouvaient tous les jours et constituaient un groupe qui se connaissait déjà, avec une bonne visibilité. C’est utile de connaître déjà du monde plutôt que d’arriver tout seul en étranger sur un marché. Ca aide à tisser des connections plus vite avec le reste des participants, et à comprendre le fonctionnement avec les éclairages des uns et des autres.  Nous avons aussi organisé un événement pour tous les participants du marché pour leur présenter le programme à Paris, pour lequel nous avions des images à montrer, et cela a suscité beaucoup d’intérêt. L’IFP nous a aussi sollicités pour participer à un panel sur les co-productions internationales, qui a attiré de nombreux acteurs du marché. Les américains découvrent aujourd’hui les co-productions internationales et sont très friands de comprendre comment cela marche pour abattre leurs appréhensions. Nous avons eu encore plus de demande de rendez-vous que les années précédentes et notre événement a eu énormément de succès. C’est à l’accroissement des sollicitations et au succès de nos événements que nous évaluons aussi l’intérêt accru pour notre action et le buzz généré d’année en année.

TV France International : Quels projets français ont été retenus et quel a été leur parcours ?

French in Motion : La FILM WEEK est un marché très sélectif, c’est le seul marché de co-production internationale aux Etats-Unis. Issus d’une compétition contre plus de 2 000 candidats, seuls 150 projets ont l’opportunité d’être sélectionnés sur scripts pour participer au programme. Les projets internationaux (hors marché US) peuvent seulement être soumis via un partenaire de l’IFP comme French In Motion. Pour la troisième année, French In Motion a apporté une large sélection de projets haut de gamme de films et séries initiés en France, ayant une portée internationale, et rassemblant des équipes de producteurs et réalisateurs acclamés et récompensés à Cannes, Sundance, Tribeca, ou encore aux Césars.

Pour l’édition 2018, Nous avons reçu une soixantaine de projets français à la suite à l’appel à projets diffusé au mois de mai dernier : longs métrages, séries, documentaires (séries TV ou long-métrages). L’IFP n’est pas un lieu où l’on trouve des programmes jeunesse, il peut y avoir des projets d’animation en série digitale mais ils s’adresseront à un public adulte.

Nous avons présélectionné 4 projets et l’IFP en a retenu 2. Nous ne pouvons malheureusement pas toujours prévoir leur choix final, car cela dépend bien entendu de ce qu’ils ont sélectionné à côté de la sélection française, et il peut y avoir des doublons imprévus sur des thèmes ou sur des projets similaires qui avaient été présentés sur des éditions précédentes. En plus des 2 projets français, nous avons pu faire venir aussi 2 projets américains que nous avions sélectionnés pour Paris.

La sélection US & French Connection présente à l’IFP 2018 était donc constituée des projets suivants :

A Rooster on the Fire Escape – (Long Métrage) écrit et réalisé par Guetty Felin (Ayiti Mon Amour, Obama closer to the Dream, Broken Stones), et produit par Murielle Thierrin (La loi de la jungleIn Gold We Trust, L’Homme de Chevet, 13m2). Produit par la société de production Aldabra Films A rooster on the Fire Escape (Un coq sur un Escalier de Secours) est le 2e projet long métrage de la réalisatrice haïtienne-américaine Guetty Felin. Son premier long-métrage, Ayiti Mon Amour acclamé par la critique et plusieurs fois primé a officiellement représenté Haïti dans la course aux Oscars 2018 dans la catégorie du Meilleur Film en Langue Étrangère. Il a fait partie des films présenté par la Cinéfondation à l’Atelier 2018 du Festival de Cannes.

Moochie – (séries TV 8×52’) écrite et réalisée par Samuel Collardey (Une année Polaire, Tempête, Le bureau des Légendes) et produite par Martine Dorin et Grégoire Debailly / GEKO Films  (Sheherazade, Cannes Film Festival, Une année polaire, Sundance, Tempête, Venice Mostra, Gente de Bien, Cannes). Moochie est une série documentaire qui nous emmène dans les coulisses d’une affaire criminelle américaine, à l’instar d’un Staircase ou Making a Murderer. Produite par Geko Films, et écrite et réalisée par Samuel Collardey, le projet est commissionné par Canal+ en France et recherche des partenaires et financements complémentaires à l’international.

The Expat – Long-Métrage Cinéma – US – Réalisé par Daniel Laabs (Jules of Light and Dark) Prod. Jeff Walker (Jules of Light and Dark). Synopsis : L’histoire terrifiante d’un jeune homme happé dans le paradis anarchique d’un autre homme, fait de rhum, de survie et de chasses nocturnes au requin. Ce projet peut être tourné sur une île française ou européenne en fonction des partenaires.

The Gymnast – Long-Métrage Cinéma – US – Réalisé par Charlotte Glynn (Rachel Is, The Immaculate Reception), produit par Mike Harrop (Billions, I Smile Back, Burning Blue, Manhattan Romance), Brian Koppelman & David Levien (Billions, Ocean’s Thirteen, The Girlfriend Experience). Synopsis : Dans une ancienne ville industrielle sinistrée, une jeune gymnaste de 14 ans s’entraînant pour les jeux Olympiques, et son père célibataire et jusqu’au-boutiste, doivent apprendre à se réinventer lorsque celle-ci se blesse et voit sa carrière compromise.

Sur les années précédentes nous avons présenté 2 séries digitales, une série TV, un long métrage documentaires, 3 longs métrages de fiction.

 

TV France International : Quels ont été les retours des participants au No Borders International Co-Production Market ?

French in Motion : Les participants de cette édition 2018 ont eu l’opportunité de rencontrer tous les interlocuteurs américains et internationaux à même de les aider à faire aboutir leur projet : producteurs, financiers, agents, distributeurs ou diffuseurs (HBO, Amazon, Netflix, A&E, Warner, Sony, etc…) et les équipes sont désormais en discussion concrète avec ces acteurs importants. Cela va prendre encore quelques mois avant de voir des contrats signés. Cependant sur les éditions précédentes, nous sommes capables de mesurer un retour puisqu’une série digitale a été achetée et diffusée, une série TV a été vendue à un studio, un film de long métrage et un film documentaire ont été tournés, et un autre est en train de finaliser son financement.

Il faut voir aussi l’opportunité que représente ce marché de se constituer un réseau que l’on ne rencontre pas sur les marchés en Europe. C’est pour le long terme, pas uniquement pour un projet donné.

 

TV France International : Comment se sont déroulés les ateliers ?

French in Motion : Le haut lieu du marché sont les rencontres en face à face qui ont lieu pendant toute la semaine dans une grande salle conviviale de Brooklyn. Les équipes sélectionnées passent de table en table dans un ordre orchestré par les organisateurs et ont 30’ pour présenter leur projet et échanger avec l’acheteur ou le partenaire de production potentiel. En amont du marché, les participants rentrent toutes leurs informations et les informations concernant leur projet sur une plateforme consultable uniquement pas les autres participants du marché. Les acheteurs peuvent ainsi sélectionner les projets qu’ils souhaitent rencontrer. L’IFP aide aussi à promouvoir les projets auprès des acteurs qui pourraient être intéressés et à rajouter un projet dans la liste de leurs rencontres. Ensuite l’IFP prend en charge les rendez-vous et en organisent une vingtaine sur mesure. Certains slots sont laissés libres pour pouvoir prendre d’autres rendez-vous à l’improviste au gré des rencontres.

En dehors de ces rendez-vous sur mesure, l’IFP organise des panels, des workshops sur des thèmes précis comme le digital, le financement, l’exportation, etc… La forte présence de participants au panel « Looking Abroad » dont le but était de parler des opportunités que peut ouvrir la co-production internationale vient conforter un constat que nous faisons quotidiennement : les Américains ont besoin de vendre à l’international car le marché est très tendu et concurrentiel aux Etats-Unis. Par exemple, sur les séries, il faut qu’ils puissent compter sur la distribution à environ 40 %, pour rentabiliser leur production. Avec l’arrivée de plateformes comme Netflix ou Amazon, le besoin de développement à l’international s’est renforcé et le marché est porteur. Les Américains vivaient jusqu’à présent sur leur marché domestique. Maintenant que les cloisons se défont, ils ont eux aussi besoin de collaborer mais leur législation très différente, comme par exemple le droit d’auteur, leur permet difficilement d’appréhender la co-production. Les panels sur le sujet connaissent en ce sens beaucoup de succès, les Américains veulent comprendre les rouages et la mécanique de la co-pro internationale.

 

TV France International : un moment particulier ?

French in Motion : Un cocktail très chaleureux organisé par French In Motion et l’IFP le lundi soir, soutenu par Unifrance et les Services Culturels de l’Ambassade, et qui a réuni environ 150 réalisateurs et producteurs américains et internationaux. Les vins, le champagne et les amuse-bouche français ont eu un tel succès qu’il a fallu pousser nos invités dehors afin qu’ils se rendent à la soirée Amazon ensuite !