La 9ème édition du festival et convention Rio2C (Rio Creative Conference), anciennement Rio Content Market, a eu lieu du 23 au 28 avril 2019 dernier à la Cidade das Artes, à Rio de Janeiro. Nous sommes revenus avec Raphaël Ceriez, l’attaché audiovisuel au Brésil, et Ségolène Dujardin Fossard, productrice de la société de production Découpages sur cette édition du Rio2C.

Raphaël Ceriez

TV France International : Le Rio2C a succédé au Rio Content Market, pourriez-vous nous parler de l’évolution de ce marché qui a eu lieu du 23 au 28 avril dernier.

Raphaël Ceriez

Raphaël Ceriez : Le Rio2C a évolué en taille par rapport au Rio Content Market. Desormais hébergé dans la prestigieuse Cité des Arts, il s’est également diversifié et ouvert aux secteurs des musiques actuelles et des industries culturelles.  

TV France International : Comment s’est déroulée cette édition ?

Raphaël Ceriez : Cette édition s’est déroulée dans un contexte particulier où l’audiovisuel brésilien passait par une crise marquée par une baisse des soutiens affichés des pouvoirs publics. La visite sur place de l’un des fils du président de la république a envoyé au secteur le signal qu’une reprise de confiance était possible. Il était important que les opportunités de développement international de l’audiovisuel brésilien soient données à voir au nouveau pouvoir en place.

TV France International : L’ambassade de France a soutenu des producteurs afin qu’ils participent au Rio2C, quel bilan tirez-vous de la présence française ?

Raphaël Ceriez : En plus des intervenants amenés à s’exprimer lors de tables rondes très diversifiées et dynamiques, des producteurs ont également été invités par notre ambassade afin de participer à des rencontres de production avec leurs homologues brésiliens. Parmi de nombreux projets de grande qualité que nous avions reçus, trois s’étaient distingués, portés par les sociétés Mezzanine, Everybody on deck et Découpages. Pour les producteurs invités, les rendez-vous semblent avoir été productifs, même s’il est toujours bon de bénéficier d’un certain recul pour se prononcer définitivement. De manière générale, les participants estiment toutefois qu’ils auraient pu effectuer davantage de rendez-vous et se sont organisés sur place pour le faire. La remarque a été transmise aux organisateurs qui en tiendront compte pour la prochaine édition. Enfin, les producteurs de Swan, qui avaient porté un projet de crédit d’impôt international pour le tournage de Pernas para o ar 3, succès commercial au Brésil, ont animé une session très intéressante pour évoquer cette expérience.

TV France International :   En attendant la prochaine édition du Rio2C du 5 au 10 mai 2020, plus largement quelles sont les opportunités de travail avec le Brésil pour les producteurs ou les distributeurs français ?

Raphaël Ceriez : Nous sommes plus que jamais en attente de la ratification brésilienne du traité de coproduction audiovisuelle. Le marché reste très dynamique et ouvert tant aux possibilités de collaboration avec la France qu’aux produits de qualité que nous pouvons lui proposer.

Ségolène Dujardin Fossard

TV France International : C’est quoi TV France International pour vous ?

Ségolène Dujardin Fossard : France TV International, c’est la force d’un réseau qui nous permet de vendre nos programmes à l’étranger, de rencontrer des partenaires producteurs et coproducteurs.

TV France International : Grâce à l’appel à projet lancé par l’ambassade de France au Brésil relayé par TV France International, vous avez participé au Rio2C, comment s’est déroulé ce marché?

Ségolène Dujardin Fossard : Le Rio2C est un événement qui a déjà neuf ans, et auquel je n’avais jusqu’alors pas eu l’occasion de participer.

C’est un marché qui cherche à s’ouvrir à l’international mais qui reste encore très centré sur le Brésil.

Les équipes du Rio2C et de l’Ambassade de France se sont mobilisés pour que nous puissions rencontrer des interlocuteurs pertinents pour nos projets. Par ce biais, de même que par les rencontres informelles propres à tout marché, j’ai pu rencontrer des relais intéressants pour mes projets.

L’audiovisuel est en pleine expansion au Brésil et les diffuseurs comme les producteurs cherchent vraiment à nouer des relations à l’international. Mais la politique de Bolsonaro en matière d’industries culturelles, entre autres, fait peser énormément d’incertitudes sur le secteur.

TV France International : Quel projet vous présentiez ?

Ségolène Dujardin Fossard : Je présentais un projet en développement intitulé « Dans l’oeil de Bèpunu».  Bèpunu Mebengokre  est un Indien Kayapo qui filme sa communauté depuis plusieurs années et utilise ce medium pour conserver une mémoire des coutumes et des traditions Kayapo. Il organise ensuite des vidéoprojections de ses films dans les villages. Chacun échange son point de vue, ses certitudes et réfléchit, en s’adressant au groupe, à ce qui structure l’identité Kayapo aujourd’hui. Les images – et finalement le dispositif mis au point par Bèpunu – agissent comme un catalyseur de langage et d’émotions. Dans le contexte politique du Brésil d’aujourd’hui qui ne favorise pas la protection de l’identité indigène, cette démarche est salutaire et permet de faire ressentir les tensions à l’œuvre dans la communauté.

TV France International : En attendant la prochaine édition du Rio2C du 5 au 10 mai 2020, plus largement quelles sont les opportunités de travail avec le Brésil pour les producteurs français ?

Ségolène Dujardin Fossard : Dans le secteur du documentaire, les opportunités sont réelles. Mais elles sont conditionnées à la pérennité de l’Ancine, l’agence nationale du cinéma, en pleine tourmente depuis l’élection de Jair Bolsonaro.