TV France International : Bonjour René ! Vous êtes actuellement attaché audiovisuel régional pour l’Afrique de l’Est (Djibouti, Somalie, Soudan, Sud-Soudan, Ethiopie, Ouganda, Burundi, Rwanda, Tanzanie, Kenya) basé à Nairobi, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?


René Denis : J’ai commencé dans le domaine des jeux télé, en travaillant avec Jacques Antoine, et j’ai eu la chance, en 1980, d’être nommé producteur exécutif de la célèbre émission « La Chasse aux trésors », un programme qui m’a permis de vivre une aventure exceptionnelle puisque je l’ai réalisé dans plus de 50 pays différents ; mon goût du voyage et de l’expatriation est lié en grande partie à cette période !

Je viens du secteur privé, avec plus de 35 ans passés principalement au sein de sociétés de production indépendantes TV ou Film, et 6 ans et demi au sein d’une chaîne de télévision.

En 1991, alors que je travaille comme Line Producer avec des Américains sur la production d’une série « soap » de 230 épisodes, je suis contacté par Alain de Greef, directeur des programmes et de la production de Canal+, qui me propose de rejoindre la chaîne cryptée en qualité d’adjoint à ses côtés. Je serais amené à gérer la production de l’ensemble des programmes de flux de la chaîne jusqu’en 1997 avec une formidable équipe de collaboratrices ; de nouveau une période faste, pour avoir vécu ce que certain nomme aujourd’hui « la grande époque de Canal+ », où, il est vrai, la créativité était la norme en vigueur…

Plus tard, j’ai pu travailler sur la série de programmes courts et le doc « Femmes du Monde » réalisés à partir du travail artistique de Titouan Lamazou, grand voyageur planétaire, et également participer au lancement de la chaîne thématique Vivolta avec Philippe Gildas, et plein d’autres choses encore qui prendraient trop de temps et de place à énumérer !

C’est grâce aux missions de formation que j’effectuerais entre 2002 et 2006 pour le CIFAP, dirigé par le regretté Jérôme Kanapa, que je noue mes premiers liens avec le ministère des Affaires Etrangères qui est le plus souvent à l’origine du financement de ces formations. Merci à Marguerite Hitier, responsable du pôle médias à la DGM du ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères pour m’avoir convaincu que rejoindre le réseau diplomatique serait une bonne chose pour moi car, depuis 3 ans maintenant, bien que je ne sois plus associé à la production de contenus, mon travail d’Attaché audiovisuel pour l’Afrique de l’Est au sein de l’Ambassade de France au Kenya, est passionnant.

Partager son expérience, transférer ses connaissances, œuvrer pour que les décideurs comprennent les enjeux liés au développement des secteurs audiovisuel et cinématographique sur le plan économique et en matière de création d’emplois, créer des évènements fédérateurs, favoriser les échanges et les coopérations avec les acteurs français du secteur, offrir aux ressortissants de cette région d’Afrique des opportunités pour participer à des évènements en métropole (Festivals de films, ateliers d’écriture, formations techniques, etc…), constituent maintenant la plus grande partie de mon action sur le terrain.

En tant qu’Attaché régional, je couvre une zone géographique comprenant 10 pays, en majorité anglophones. Le budget qui m’est alloué par le Ministère ne peut être engagé que pour des opérations se déroulant au Kenya ou bien pour soutenir des individus kenyans. Pour les autres cas de figure, je me tourne alors vers les Services de Coopération et d’Action Culturelle des Ambassades des pays concernés pour solliciter leur soutien lorsqu’il s’agit d’évènements majeurs qui méritent d’être soutenus.

Chaque année, grâce à un budget séparé, je suis en mesure d’effectuer environ trois missions régionales sur la zone que je couvre. Ces missions me permettent d’identifier qui sont les acteurs majeurs dans les secteurs audiovisuel et cinématographique, Producteurs, Réalisateurs, associations ou guildes de professionnels, organismes publics, ministères, etc. auprès desquels je pourrais ensuite disséminer des informations relatives à des appels à candidatures ou inscriptions pour participer à des ateliers ou festivals se déroulant en France.

Un exemple concret : dernièrement l’Institut Français a créé un séminaire baptisé « Focus réalités immersives », et un appel à candidature m’a été envoyé que j’ai aussitôt fait suivre à tout mon réseau. A la suite de quoi, j’ai pu soutenir la candidature d’un producteur kenyan, directeur d’une société de production spécialisée en réalité virtuelle. Le poste a pris en charge le coût de son voyage en France, et l’Institut Français a couvert ses frais afin qu’il puisse participer pendant 10 jours à cet évènement qui s’est déroulé entre Paris et Laval. Grâce au « networking » qui va largement contribuer à enrichir son activité, et grâce aux enseignements dont il a bénéficié, ce producteur est rentré au Kenya enchanté par cette expérience qui comptera à l’avenir pour ses futures productions.

Je procède de la même façon pour de nombreux évènements survenant en France dont « La Fabrique Cinéma », autre appel à projets initié chaque année par l’Institut Français qui vise à recevoir au niveau international des projets de long-métrages à l’étape du scenario. Dix projets sont sélectionnés au final et le tandem producteur et réalisateur à l’origine du projet sont invités et pris en charge pendant toute la durée du Festival International du Film de Cannes, où ils sont mis en contact avec des partenaires potentiels. Wanuri Kahiu, réalisatrice kenyane du film Rafiki, en compétition officielle à Cannes en 2018, une première historique pour le Kenya, a été au départ de sa carrière lauréate de la Fabrique Cinéma.

TV France International : quel genre de programme rencontre le plus de succès sur vos territoires, en particulier au Kenya ?

René Denis : La plupart des producteurs kenyans que je connais, sont plutôt axés vers la production fiction. Ils parviennent à tourner des formats de 26’ en une semaine à peine, et cela, faute de budget alloué en amont par les chaînes TV et sans aucune subvention venant du secteur public… une grande majorité de producteurs se bat pour pouvoir produire des contenus avec souvent des fonds empruntés à la famille et aux amis.

C’est pour tenter de faire évoluer la situation que j’ai fait venir le CNC à deux reprises, à l’occasion de convention ou de conférence sur le développement du secteur audiovisuel, afin qu’il explique les mécanismes de soutien et la régulation qui sont normalement sensés régir la production, notamment le préachat de droits de diffusion exclusifs par un diffuseur, les taxes et leviers mis en place par les pouvoirs publics afin de permettre au CNC de disposer d’un fond important pour contribuer au financement des programmes de stock, etc.

Le documentaire a sa place, mais les contenus jeunesse avec principalement l’animation peinent à se développer. Les sociétés de production spécialisées dans la production d’animation, 2D et 3D, ont parfois des commandes venant du secteur corporate ou du secteur publicitaire, mais ne sont pas en mesure de produire des séries ou films d’animation ; seul l’Afrique du Sud est aujourd’hui parvenue à ce stade.

Sinon, il y a quelques magazines, mais disons qu’on est encore dans un système où les chaînes auto-produisent beaucoup et n’ont pas encore compris l’intérêt de travailler avec le secteur privé et de se concentrer sur la diffusion et leur rôle premier, là où se trouve l’argent des revenus publicitaires et du sponsoring. Pour le moment les diffuseurs sont encore dans une dynamique de vouloir produire un maximum de contenus, ils pratiquent très peu l’achat de droits de diffusion, encore moins la coproduction, et tout cela rend les choses extrêmement difficiles pour le tissu des sociétés de production indépendantes.

Au niveau de l’audience et de ce que les gens regardent à la télévision, les telenovelas ont été quelque peu chassées du marché par le phénomène de « nollywood », qui a bâti son succès en produisant des fictions similaires aux telenovelas dans un premier temps, mais tournées en Afrique avec des acteurs et actrices africains, dans des paysages africains, et le succès a très largement été au rendez-vous. Nollywood est aujourd’hui le 3ème ou 4ème pilier du PNB du Nigeria avec 7 milliards d’US$ de revenus annuels, ce qui est phénoménal. C’est un exemple que je cite souvent auprès des autorités kenyanes pour les inciter à créer une vraie industrie sur ce modèle.

Le cinéma local commence à connaître quelques succès. L’an dernier pour la première fois dans l’histoire, un film kenyan était représenté à Cannes, Rafiqi de Wanuri Kahiu. Malheureusement, comme le film raconte une histoire d’amour lesbien, il a été interdit dans son pays d’origine. Sa productrice a fait un procès, en faisant valoir que cette interdiction lui interdisait de concourir dans la catégorie « best foreign films » aux Oscars, elle a gagné son procès et a pu bénéficier d’une fenêtre de 7 jours de projection en salle au Kenya, mais ensuite l’interdiction a repris tous ses droits…

Un autre film récent Supa Modo de Likarion Wainaina, a été produit avec de l’argent allemand. Les deux productrices en sont Ginger Ink et Sarika Lakhani de la société One Fine Day Films, cette dernière ayant produit Nairobi Half Life, qui a été, il y a  7 ou 8 ans, le premier film ayant dépassé les frontières du Kenya pour avoir une petite carrière internationale. Quant à Supa Modo, il est distribué par la société allemande Rushlake Media dirigée par Philipp Hoffmann. Le film a déjà eu 35 prix dans les festivals, où il a été montré, et se vend apparemment très bien à l’international. Rafiqi, lui, a été produit par le producteur sud-africain Steven Markovitz, qui a réussi à engager une coproduction avec 5 pays d’Europe, dont la France, avec le CNC et la société MPM Film (Marie-Pierre Macia).

Ce qui est donc produit au Kenya, est montré dans des festivals à l’étranger et remporte des prix, mais les Kenyans eux-mêmes ne voient pas ces films. Et c’est à cela qu’il faut remédier, aussi pour contrer le piratage qui est très important au Kenya. Le pays ne compte que 22 salles de cinéma, ce qui est déjà assez conséquent à l’aune de l’Afrique, dont 18 à Nairobi et 2 à Mombasa. La plupart des salles sont tenues par des Indiens, dont la communauté est importante au Kenya (la 4ème ou 5ème génération de colons venus à l’époque de la colonisation britannique pour construire le chemin de fer Mombasa – Kampala) et bien sûr la majorité des films programmés dans ces salles sont, soit des gros blockbusters américains, soit des films de bollywood.

Mais cela aussi commence à changer avec des propriétaires de salle qui ont compris qu’on pouvait également faire de l’argent, avec des films kenyans. Sachant qu’il y a au Kenya, dont le taux de croissance annuel est à 6%, l’émergence d’une vraie middle-class disposant d’un pouvoir d’achat, et qui va dans les salles.

L’industrie du jeu, le « betting industry », est aussi très développée au Kenya comme dans toute l’Afrique de l’Est. Les Kenyans notamment dépensent énormément pour des loteries, des jeux sportifs, etc., et l’une des solutions serait de faire comme en Angleterre, où a été mise en place une taxe de 4-5% pour financer le cinéma ; Cela aurait du sens de faire la même chose dans ces pays.

Pour le moment il n’y a pas d’incentive tax, ce qui est dommage, car la plupart des films vont se tourner en Afrique du Sud, le seul pays dans la zone Afrique de l’Est/Afrique australe qui ait mis en place du crédit d’impôt. Alors que bollywood qui n’est pas loin et que des producteurs indiens ne demanderaient sans doute pas mieux que de venir tourner au Kenya, en Tanzanie, au Rwanda ou en Ouganda, où il y a des paysages extraordinaires, avec la promesse de récupérer la TVA. Cela fait 3 ans que j’entends dire qu’une tax incentive va être votée et puis, toujours pas…

TV France International : quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

René Denis : Je travaille donc pour un SCAC, Service de Coopération et d’Action culturelle. Nous sommes 4 sur l’Afrique subsaharienne, avec une collègue à Abidjan (Myriam Abil), un collègue à Lagos (Yoann Talhouarne), et une en Afrique du Sud (Erika Denis). Erika et moi-même avons chacun un quota de pays importants, Erika en a, je crois, 9 et moi 10.

Un premier point important a été de réaliser très vite qu’il n’y avait aucun marché sur la zone Afrique de l’Est. Je me suis mis en contact rapidement avec Patrick Zuchowicki, l’organisateur du Discop Africa (Johannesburg, Abidjan et pour 2019, Sharm El Sheikh), qui avait organisé un Discop à Nairobi en 2010 et tenté un marché à Zanzibar l’an dernier en lien avec le Zanzibar International Film Festival sans grand succès, de son propre aveu.

Fort de ce constat, je me suis mis en relation avec le KFC (Kenya Film Commission), organisme de référence ayant pour vocation de développer l’audiovisuel et déjà organisateur d’un Festival du film, le Kalasha, pour leur proposer  un partenariat avec l’Ambassade, à condition que soit créé un volet supplémentaire à cet évènement, à savoir un marché régional.

Une première tentative avait été lancée en octobre 2015, à l’initiative de Juliette Vivier, qui m’a précédé sur le poste, mais en 2016, faute de budget, le Kalasha n’a pas eu lieu, en 2017, année d’élection, non plus… Puis finalement en 2018, un budget a été alloué, et j’ai poussé le KFC à organiser deux évènements distincts, toujours sous le même label Kalasha, un festival du film avec Awards d’un côté, et un marché à part entière de l’autre. Donc une belle édition en mars 2018, renouvelée pour la 3ème fois cette année du 26 au 28 mars au Centre des Congrès de Nairobi. L’édition 2019 a accueilli un très beau marché avec près de 70 stands, peu de délégués à l’international encore malheureusement, mais un pays à l’honneur, l’Ouganda.

Vue du Kalasha International TV and Film Market 2019

Deuxième constat : deux secteurs totalement sous-développés, l’animation et le jeu vidéo. Or je suis persuadé que ces branches de l’audiovisuel présentent toutes deux un très fort potentiel, et sont susceptibles de se traduire à terme par un secteur économique très fort, à condition que les compétences soient au rendez-vous.  

C’est pour cette raison que l’Ambassade a œuvré depuis 2015 afin de créer une école professionnelle de haut niveau au Kenya qui fournira les compétences nécessaires à de jeunes Africains de l’Est au travers de cursus appropriés. Ce projet est devenu réalité en mars 2019, lors de la visite d’Emmanuel Macron au Kenya, au cours de laquelle un accord de partenariat a été signé entre une école privée kenyane, ADMI (pour Africa Digital Media Institute) et Rubika Valenciennes, l’une de nos meilleures écoles en France dans les domaines de l’animation et du jeu vidéo. Le « CreaTech Animation and Game Lab » verra le jour début 2020 grâce à un financement octroyé par l’Agence Française de Développement.

L’idée de départ, a été de se dire, et pourquoi pas une école, créer un partenariat avec la France dont l’expertise est reconnue internationalement dans le secteur de l’animation et du jeu vidéo. Ce projet a été en gestation longue avec la nécessité de trouver les bons partenaires, mais il a pu se concrétiser récemment, tout d’abord grâce à la visite du président Macron au Kenya, et puis au fait que l’AFD, l’Agence française de développement, a ouvert, il y a un an et demi, une branche toute nouvelle dédiée aux ICC, aux Industries culturelles et créatives, avec des fonds extrêmement importants, alors que pendant des années l’AFD n’intervenait que sur de la grosse économie, des projets de barrage, des infrastructures routières, du rail, etc.

Le projet que j’avais envoyé au siège de l’AFD à Paris, a été retenu, comme s’inscrivant complètement dans la politique que souhaite le Président, à savoir de mettre à disposition de la jeunesse africaine, les expertises des établissements universitaires et privés français, pour les aider à se former. Le Kenya, où 70% de la population est âgée de – de 30 ans, avec en 2018, près de 800 000 jeunes diplômés à bac + 3 ou bac + 4, était tout à fait éligible.

La visite présidentielle de mars dernier a donné un coup d’accélérateur au projet, l’AFD ayant consenti un soutien important en provenance d’un fonds, le FEXTE, et on espère pouvoir compter sur un montant à hauteur de 800 000 € pour financer un projet sur 3 ans. Le projet a donc été signé en présence du Président, avec des partenaires enthousiastes qui sont :

  • Tout d’abord localement l’ADMI / Africa Digital Media Institute, grosse école privée qui existe depuis 6 ans et forme aux métiers de l’audiovisuel. Ils ont déjà formé près de 2 500 élèves, venant de toute l’Afrique de l’Est, Rwandais, Tanzaniens, Ougandais,… L’école avait une toute petite branche animation et ne demandait pas mieux que de développer quelque chose de beaucoup plus ambitieux, 
  • Le partenaire français c’est RUBIKA Valenciennes, qui constitue avec Les Gobelins, l’une des deux plus grandes écoles françaises sur ce secteur. RUBIKA a déjà trois campus, celui de Valenciennes en France, celui de Montréal au Canada et un autre à Pune en Inde. Stéphane André, son directeur général, était tout à fait partant pour mettre un pied en Afrique et s’est tout de suite montré intéressé par le projet

Concrètement, vont être lancés deux cursus animation 2D sur 6 mois, qui démarreront en janvier 2020, avec 24 élèves chacun, soit 48 au total, et par ailleurs, un cursus game design de 12 mois avec à nouveau 24 élèves, soit un total 72 élèves en année 1. Les étudiants attendus viendront du Kenya, mais aussi de toute l’Afrique de l’Est, soit du Rwanda, de l’Ouganda, de Tanzanie, etc., donc un projet avec une vraie dimension régionale est-africaine.

La directrice de l’école kenyane ADMI, ne voulant pas se limiter à de l’enseignement pur, il y aura, en plus de la partie enseignement, un tutorat sur un projet, pour aider les étudiants à bâtir une bible, un teaser à l’aide d’un petit studio intégré, les accompagner dans la gestation du projet et ensuite est prévu un incubateur de projets.

C’est d’ailleurs la raison de ma présence au miptv cette année pour approcher Xilam Animation, Cyber Group Studios, Futurikon, Millimages, etc. et leur proposer un droit de premier regard, une première option afin de pouvoir amener un /des projet(s) à terme jusqu’à une production ou coproduction.

TV France International : Pouvez-vous nous en dire sur l’évolution du paysage audiovisuel kenyan ?

René Denis : Pour le Kenya, pas loin de 100 chaînes disponibles, de la pay-tv et une migration vers le digital qui s’est faite fin 2016 comme le prévoyait le calendrier de l’Union Africaine, contrairement au reste des pays de l’Afrique de l’Est, encore très en retard, le Sénégal et le Burkina Faso étant les seuls, je crois, à avoir entamé leur migration.

Sur la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Mali, le Niger, le Cameroun, elle viendra aussi, et s’il y a, ne serait-ce qu’une ou deux chaînes TNT dans ces pays, cela suffira à créer un appel, une demande de projets tellement fortes que l’Afrique de l’Ouest ne suffira pas à répondre à cette demande, et là, je pense que la barrière de la langue peut tomber tôt ou tard.

Pour le Kalasha bien sûr, j’essaie de pousser vers une présence forte des diffuseurs, le sud-africain MultiChoice y est venu pour la première fois cette année avec 5 stands, le marché a accueilli des représentants de NTV, de KTN (Royal Media Group), etc. Je suis en relation également avec Citizen TV (Standard Media Group), des plateformes comme Zuku (Wananchi Group), l’opérateur tanzanien Azam TV (Bakhresa Group), le diffuseur privé éthiopien Kana TV, etc.

Mais le préachat de droits est quelque chose qui ne se pratique pas encore, il n’y a pas de commissioner dans les chaînes, et un producteur, qui veut faire une série d’animation, va d’abord, en schématisant, emprunter de l’argent à la famille et aux amis pour réaliser son projet. Et c’est seulement quand le produit sera terminé, qu’il viendra frapper à la porte du diffuseur, bien sûr dans une position hégémonique, pour s’entendre proposer, allez, 20% de l’écran publicitaire qui passera à l’intérieur du programme.

Bien sûr ce n’est pas comme cela qu’on développe une industrie, il y a un message à faire passer aux diffuseurs pour leur signaler l’intérêt de nouer des partenariats et de sécuriser les droits afin de faire en sorte que le programme n’aille pas à la concurrence, d’être partenaire dès le début du projet et de l’accompagner dans son développement avec un droit de regard sur le développement, le tournage, le montage etc.

Beaucoup d’universités ou d’écoles forment sur le secteur de l’audiovisuel ou des IT mais ce n’est pas après 3 ans d’école, que leurs étudiants peuvent se dire producteurs ou réalisateurs. Et à eux aussi, il faut faire passer un message, faîtes comme en France, imposez à tous les diffuseurs un quota de 20% du CA pour soutenir la production indépendante. C’est comme cela que se développera le secteur, que les jeunes seront formés et pourront développer un vrai réseau professionnel.

TV France International : C’est quoi pour vous TV France International ?

René Denis : TV France International est un partenaire important et c’est pourquoi j’ai fait venir son président, Hervé Michel, à Kigali en novembre dernier à l’occasion du « Kigali Audiovisual Forum ». Il était important que TV France International y soit représenté et puisse parler au nom de tout cet univers de la production indépendante en France, pour, à nouveau, rappeler l’importance d’avoir cet appel créatif permanent, ces producteurs, qui ont besoin d’être innovants pour pouvoir apporter aux diffuseurs des idées nouvelles. TV France, en tant qu’association, peut mettre en avant un rôle fédérateur de représentant de toute cette production indépendante.

Merci donc à Hervé de nous avoir rejoint à Kigali et rendez-vous, pourquoi pas dans l’avenir, au Kalasha 2020 à Nairobi, puisqu’il me reste encore un an à faire et je serais donc en poste jusqu’à fin août 2020 !