Gaëlle Guyader, productrice

Des temps lointains, une célébrité internationale, une France révolutionnaire, un procès truqué… le destin scellé d’une reine, un destin antique… tous les éléments requis pour une magnifique fiction… mais pas que. Gaëlle Guyader, productrice chez ZED, revient sur la génèse de ce projet et l’articulation entre ces deux genres majeurs audiovisuels que sont la fiction et le documentaire.
Marie-Antoinette, Ils ont jugé la reine (52′ ou 110′), produit par ZED (Manuel Catteau) et BE-Films pour ARTE France, distribué par ZED.

L’entretien

TV France International : Comment le projet est-il né ?

Gaëlle Guyader : Le projet est né de la lecture du livre  Juger la reine  paru en septembre 2016, et de la rencontre de son auteur et historien Emmanuel de Waresquiel qui apporte un éclairage nouveau sur le procès de Marie-Antoinette : il était truqué contrairement à celui de Louis XVI dix mois plus tôt, dix mois où tout bascule. Cette révélation passée sous le silence de l’histoire m’a semblé une opportunité unique d’adapter pour la télévision un huis-clos à la tension palpable où se joue les forces politiques en présence dans une France révolutionnaire qui sombre dans la terreur. ARTE en a été convaincue également, et nous avons lancé le développement du projet.

TV France International : Qu’apprend-t-on de nouveau dans ce film ?

Gaëlle Guyader : Que sait-on véritablement du procès de Marie-Antoinette ? Quelques lignes à peine évoquées dans les livres d’histoire, la fin tragique de la dernière reine de France dans ses biographies. Et pourtant. Emmanuel de Waresquiel a effectué un véritable travail d’archéologue : il a retrouvé les documents originaux du procès dont certains étaient oubliés ou inédits (archives du procès pourtant conservées aux Archives Nationales, les archives d’Arenberg à Enghien en Belgique, lettres de l’accusateur public et des avocats, interrogatoires des témoins et de l’accusée etc…) et il a enquêté sur la vie des acteurs de ce procès (juges, jurés, témoins). En s’appuyant sur son travail et avec sa collaboration, les scénaristes ont ainsi pu restituer ce drame avec la plus grande rigueur historique et faire revivre ses personnages avec toute leur complexité psychologique. C’est à travers ce simulacre de justice qu’il nous est donné de retraverser cette période sombre de la Révolution française où elle s’enfonce progressivement dans la violence et la terreur. C’est dans cette salle de tribunal que va se créer la légende de Marie-Antoinette toujours bien vivante aujourd’hui. Ce sont ses juges, ses jurés, ses témoins qui donnent à voir l’âme humaine en prise à ses propres contradictions dans une période où pouvoir et société se transforment radicalement. Le procès de Marie-Antoinette, à la différence du procès de Louis XVI, n’a jamais véritablement été traité. C’est un épisode majeur et emblématique de la terreur même s’il n’a pas eu les conséquences politiques souhaitées par la révolution.

Dans le livre comme dans le film, le procès de Marie-Antoinette est traité pour la première fois, non du seul point de vue de l’accusée mais de la Révolution. Ils mettent tous deux en scène l’affrontement de deux mondes – celui de la révolution et celui de la contre révolution. C’est je crois leur originalité principale.

TV France International : Parlez-nous de l’équipe que vous avez réunie autour de ce projet, comment avez-vous fait vos choix ?

Gaëlle Guyader : Pour ce projet, il m‘a semblé d’emblée fondamental de choisir une équipe expérimentée en fiction avec une forte sensibilité documentaire. C’est en visionnant le film Marie Curie, une femme sur le front que j’ai contacté Alain Brunard, son réalisateur, puis les scénaristes de ce film. Marie-Noëlle Himbert, issue du journalisme et du documentaire, attache une grande importance à la véracité des informations, des personnages et des situations. Elle transmet le fruit de son travail à Yann Le Gal, scénariste, qui s’en empare pour en faire une fiction grâce à son talent, toujours sous la vigilance de ce regard documentaire, mis en scène par Alain Brunard avec sa forte intuition. Les aller-retours et le dialogue respectueux entre l’univers de la fiction et celui du documentaire font la force et la justesse de ce film.  

TV France International : Pourquoi avoir choisi la forme fictionnée ?

Gaëlle Guyader : Alors qu’à ses débuts, le projet était pensé comme un documentaire-fiction de facture classique, il a évolué progressivement au cours de son développement jusqu’à donner une place prépondérante à la fiction. Tout y était présent pour créer un film d’une grande intensité : huis clos dramaturgique, personnage tragique et populaire, documents inédits, éclairage historique, résonance contemporaine. Rigoureusement documentée – aucune entorse n’est faite à la réalité historique – la fiction apporte l’émotion et nous plonge dans l’intimité psychologique de nos personnages. Une voix narrative prend en charge les éclairages et précisions historiques dont le spectateur pourrait avoir besoin. Cette narration atypique permet au spectateur de se laisser emporter par une histoire et de réaliser que tout cela est bien vrai.    

TV France International : Pour la fiction, vous avez choisi de vous associer à Be-FILMS, parlez-nous de cette collaboration, et de ce premier tournage fiction. À partir de quelle étape du projet avez-vous collaboré avec eux ?

Gaëlle Guyader : La collaboration avec la société Be-FILMS s’est faite très en amont sur le projet. Elle a permis d’assurer la faisabilité du film tant au niveau financier qu’artistique et technique. En effet, ZED ayant une expérience de la production de docu-fictions moins complexes, nous recherchions à la fois un partenaire financier et une société expérimentée dans la production de téléfilms de fiction. La collaboration s’est faite très naturellement car nous avons mis en commun des compétences complémentaires. Nos aller-retours sur le scénario nous a permis de construire un projet faisable financièrement parlant. ZED a pris la responsabilité éditoriale, artistique et financière du projet dans un dialogue constant avec Be-FILMS qui a assuré notamment la production exécutive des tournages. Ses équipes très compétentes se sont mises au service du film avec un grand professionnalisme tant lors de la préparation que lors de la production.   

TV France International : Où le tournage a-t-il eu lieu ? Quels ont été les partis pris en termes de réalisation, de mise en scène ? Comment s’est déroulé le casting ?

Gaëlle Guyader : L’ambition d’Alain Brunard était de trouver un juste équilibre entre la « petite » histoire, le « ressenti » intime de cette femme isolée dans sa cellule prise dans la tourmente de la « grande » Histoire. La structure du film épouse le compte à rebours programmé des 76 derniers jours de Marie-Antoinette – de la cellule de sa prison au procès qui scellera son destin. Son atmosphère emprunte au huis-clos. Les choix de lumière, en clair-obscur à la manière des peintures flamandes, modèlent les personnages et les décors nous guidant vers la protagoniste du drame. Si la majorité des scènes sont en intérieur (hormis la fin du film – l’avancée vers la mort qui gagne ainsi en force), la bande sonore nous fait accéder à l’extérieur. Le bruit et la fureur de cette révolution en marche nous parviennent tout comme à Marie-Antoinette renforçant le sentiment d’incarcération et de folie dans lequel elle va être plongée. La musique composée par Frédéric Vercheval accompagne cette montée de l’angoisse et scande le temps qui s’écoule invariablement. Rien d’artificiel dans cette mise en scène. Le film se déroule en décors naturels à Bruxelles et dans ses environs. La grande difficulté du repérage a été de trouver des décors crédibles qui ressemblent autant que possible aux décors réels. Un gros travail d’accessoirisation a ensuite été effectué par l’ équipe déco pour rendre ces lieux vivants et au plus proche de la réalité. Nathalie Chéron a réalisé le casting des personnages principaux et nous a présenté une sélection d’une quinzaine d’acteurs pour chacun de ces rôles. Alain a ensuite demandé à Nathalie d’organiser en sa présence des séances de travail avec les acteurs retenus. Pour le rôle de Marie-Antoinette, parmi les 5 dernières retenues, Maud Wyler s’est imposée rapidement comme une évidence pour Alain : « Elle incarnait à mes yeux l’image que je me faisais de Marie-Antoinette et dégageait dans ses silences une force peu commune et un charisme qui me semblait convenir à une Reine qui, comme on le sait, a su “tenir son rang” jusqu’au bout. »

TV France International : Vous avez produit une version de 52’ en docu-fiction, parlez-nous de cette déclinaison. En quoi est-elle différente exactement ? Avec qui cette version a-t-elle permis de conclure des accords ?

Gaëlle Guyader : La forme de « fiction documentaire » étant assez nouvelle, nous avons, conjointement avec les équipes de distribution de ZED, décidé de produire une version de 52 minutes en docu-fiction plus classique pour compléter le pré-financement global du projet. En termes de programmation, le marché international est plus ouvert à ce type de format et de contenu. Cette version bénéficie des tournages de fiction haut de gamme et de l’analyse d’experts européens qui interviennent sur les ressorts de cette histoire avec le recul du temps.

TV France International : À quelles chaînes partenaires vous êtes-vous adressé en priorité, quelles autres chaînes ont manifesté leur intérêt pour ce projet ? Quelles cases ont été ciblées chez les différents diffuseurs ?

Gaëlle Guyader : En termes de chaînes, s’agissant d’un prime-time sur ARTE, nous nous sommes adressés aux diffuseurs qui ont des cases « évènement » ou des cases histoire qui s’adressent à un large public. Nos partenaires privilégiés ont donc été les chaînes publiques (ZDF, TV5 Monde), en ciblant en priorité les chaînes généralistes historiques, ainsi que les chaines du câble ou de la TNT spécialisées, comme la chaîne Histoire en France et History Channel Iberia qui comptent parmi nos partenaires.

La figure de Marie-Antoinette et la Révolution française ont une portée qui dépassent les seuls pays francophones. Entre les deux versions du film, nous couvrons en préfinancement l’ensemble des territoires européens ainsi que le Québec et le Japon où le public est passionné par Marie-Antoinette depuis la publication d’un manga sur sa vie dans les années 70.

TV France International : Vous avez collaboré avec La Conciergerie qui organise justement une exposition prochainement ?

Gaëlle Guyader : La Conciergerie, contactée en amont de la mise en production, nous a facilité des repérages. Et à l’occasion de leur exposition « Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image », elle s’est associée à ARTE et ZED pour la promotion du film : l’avant-première aura lieu sous les voûtes même de la Conciergerie conférant une atmosphère qui sciera particulièrement au film. Il sera diffusé sur ARTE à 20h50 le samedi 26 octobre, proche de la date anniversaire de l’exécution de Marie-Antoinette. Nous espérons que le public accueillera avec enthousiasme cette nouvelle manière de raconter l’histoire.

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