Romain Lecler, professeur à l’université UQAM (Montréal) a observé de près, il y a quelques années, les métiers de l’exportation audiovisuelle (télévision et cinéma) dans le cadre de la rédaction de sa thèse universitaire.

Il vient de publier ses travaux dans un ouvrage intitulé : Une contre-mondialisation audiovisuelle. Ou comment la France exporte la diversité culturelle (Sorbonne Université Presses).

Cet ouvrage revient largement sur la création de notre association TV France international, explique les raisons qui ont présidé à son avènement au travers de très nombreux entretiens de producteurs et exportateurs de programmes de télévision.

A l’occasion du lancement de son livre, il a organisé à la Sorbonne le 16 décembre une table ronde, à laquelle il m’a proposé de participer, en compagnie de Patrick Imhaus (Ambassadeur de France et ancien PDG de TV5), de Luciano Rispoli (délégué permanent adjoint de la France auprès de l’UNESCO et ancien attaché audiovisuel) sous la présidence de Marie Trespeuch (maîtresse de conférence à Paris 5).

J’ai pu ainsi développer les données de base de l’exportation, ses évolutions depuis quelques années, ses lignes de force avec notamment l’animation comme fer de lance du savoir-faire de la production française à l’international mais aussi la réputation et le talent des documentaristes français, et la percée récente d’une fiction française.de grande qualité.

L’ouvrage de Romain Lecler dont je conseille vivement la lecture, éclaire d’un point de vue historique la naissance et la structuration du soutien et de l’accompagnement public de nos actions audiovisuelles par le ministère des affaires étrangères.

Romain Lecler retrace l’articulation de l’audiovisuel extérieur au travers de la création des diffuseurs TV5 ou CFI puis revient sur la mise en place d’une chaîne d’information à la française qui aboutit à la naissance de l’AEF (audiovisuel extérieur de la France) en 2008 devenu en 2013, France Média Monde.  

Il détaille le formidable développement dans le monde, d’une diplomatie culturelle et la structuration d’un réseau d’attachés audiovisuels auprès des ambassades, une spécificité  française que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Il analyse comment les exportateurs de programmes audiovisuels et de cinéma opèrent, notamment soutenus par les organisations professionnelles TV France et Unifrance que le ministère des affaires étrangères a toujours financièrement soutenues.

Il développe la thèse d’une divergence politique qui s’illustre par les allers-retours entre la marchandisation de notre culture et la défense d’une politique culturelle sans attente de retour économique. L’antagonisme de ces « deux doctrines, la première celle que les diplomates ont promu, mettant l’accent sur la diplomatie culturelle, la francophonie le multilatéralisme et le secteur public…. La seconde, qui valorise au contraire les intérêts franco-français, les objectifs commerciaux, le secteur privé, la communication et l’information.. » (P. 61).

C’est un jeu de piste amusant (tous les noms de ceux – très nombreux, dans nos métiers de l’exportation du cinéma et de la télévision, qu’il a interviewés ont été modifiés, mais on parvient à en retrouver certains…) que de découvrir les propos de ceux qui ont contribué à construire et développer dans les années 90 nos métiers de l’exportation de programmes, dont il analyse la spécificité cinématographique ou audiovisuelle.

Enfin, les chapitres du livre qui évoquent la distribution commerciale des programmes, constituent une belle reconnaissance de nos métiers de vendeur, d’intermédiaire, de distributeur de contenus audiovisuels. Reconnaissance dont la loi création, architecture et patrimoine du 8 juillet 2016 a officialisé pour la première fois le statut juridique.

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