La globalisation, c’est certain, on sait tous ce que c’est : on est tombé dedans il y a des années ! Et dans nos métiers de négoce de droits, on se nourrit depuis longtemps des autres cultures, notamment dans les benchmarks nécessaires que l’on fait tous les jours. Les temps qui s’annoncent nous incitent cependant à rester vigilants car dans les fameuses mutations et disruptions couramment évoquées, celles venues de la globalisation nous encerclent de plus en plus. Nous menacent-elles ?

En effet, que pèse notre milliard et demi d’€ d’investissements annuels dans la création hexagonale d’œuvres audiovisuelles face aux investissements des Gafa ? On mentionne 15 Milliards USD pour Netflix  pour cette seule année. Un chiffre de 25 milliards USD d’investissement dans les séries est évoqué aux Etats-Unis.

Certes, avec une trentaine  de séries en production (dont certaines sont des adaptations étrangères) et 140 soirées annuelles de diffusion inédites de fiction française, France Télévisions s’affiche comme un diffuseur public exemplaire. Mais quelle audience globale capteront bientôt les plateformes et leurs catalogues gigantesques de films, séries, animations et documentaires, et surtout vers quelles sources de diffusion – linéaire ? à la demande ? –  les jeunes tourneront les yeux pour se distraire télévisuellement ? A ce jour, YouTube est sans doute déjà la 1ère chaîne des moins de 24 ans, en France et dans le monde.

Sur quelles recettes publicitaires les diffuseurs qui en dépendent pourront-ils s’appuyer dans les années à venir quand là aussi, les Gafa s’accaparent la majorité de leur croissance

Oublions l’hexagone pour revenir à l’international, c’est notre terrain de jeu après tout.

Au Natpe de Miami en janvier, les gros stands non américains étaient turcs confirmant une présence dont on avait déjà saisi l’importance au travers de leurs investissements sur la Croisette au dernier Mipcom. La Corée du sud développe l’Hallyu, son soft-power dans le monde, et ses jeux et séries de fiction (130 en production) accumulent les succès dans toute l’Asie et au-delà. Good Doctor, ses 3 saisons et ses 50 épisodes est adapté d’un format coréen. Les majors américaines, Disney – Fox en tête, trustent les premières places aux box-office. La fiction venue d’Israël est d’une incroyable inventivité et la série espagnole cherche son nouveau Casa de Papel et le succès mondial. Mediapro son producteur annonce pour cette année la mise en production de 34 nouvelles séries. En Espagne, on pourrait en produire plus de 60 en 2020.  Quant à la Chine, elle ne devrait pas tarder à se faire connaître sur le marché et vu la taille de ses acteurs (Tencent – 500 millions d’abonnés à certains de services) une autre disruption se produirait alors.

Bref, sur la planète tout le monde s’agite comme jamais pour produire du contenu audiovisuel de qualité.

Certes, nos diffuseurs public et privés lancent ensemble bientôt Salto, une plateforme innovante aux contenus originaux. Et la production d’animation « à la française » créative et novatrice relève sans cesse les défis et occupe avec talent les meilleures places à l’international. Pour preuve, la sélection aux Oscars de « J’ai  perdu mon corps » . Certes, la première société de production de contenus et de programmes télévisuels est désormais française : Banijay pèse 3 Milliards d’€ depuis le rachat de Shine,  gère un catalogue de 100 mille heures de programmes et près de 200 sociétés de production dans 23 pays.

Mais ce qui se passe autour de nous montre bien que nous sommes désormais de plus en plus nombreux à vouloir faire rayonner nos talents sur l’échiquier mondial de la production et de la diffusion. Il ne faut donc surtout pas en France ralentir nos efforts et nos investissements dans la production. En volume et en qualité, nous devons faire croître nos performances sur les marchés à l’international …. globalisation oblige !