TV France International : Bonjour Didier, bonjour Patrick, bonjour Antoine !  Pourriez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Didier Zyserman, Attaché audiovisuel régional Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie) basé à Tunis : Bonjour à tous. Depuis octobre 2018, je travaille en tant qu’attaché audiovisuel régional Maghreb, basé à Tunis auprès du Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France et de l’institut français de Tunisie. Je suis détaché de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), où je coordonnais, au sein  du département de la formation initiale, deux cursus de niveau master, l’un orienté « Production audiovisuelle », l’autre sur la « Réalisation documentaire et transmédia ». J’ai, auparavant, travaillé au sein de plusieurs institutions pour le développement et la promotion du cinéma, via l’accompagnement de jeunes entrants, le conseil sur les formations aux métiers de l’audiovisuel et du cinéma, la recherche de financements et la réécriture de scénarios. En parallèle j’ai réalisé et produit une dizaine de films documentaires en France et à l’international, en Argentine, en Inde, au Maroc et en Tunisie. ————————————————————————————————————————————————————————————–

Patrick Girard, Attaché culturel et audiovisuel en Algérie : Bonjour ! Enseignant de lettres à l’origine, le parcours, qui m’a mené en Algérie comme Attaché Culturel et audiovisuel, a commencé au Koweït et s’est toujours déroulé dans le réseau culturel français à l’étranger, comme attaché culturel, secrétaire général ou directeur d’établissement culturel. Il m’a ainsi mené du Koweït en Egypte (Alexandrie), puis en Allemagne (Mayence), aux Pays-Bas (La Haye), en Ecosse (Glasgow), aux Etats-Unis (San Francisco), en Palestine (Jérusalem-Est) et au Vietnam (Hanoï), avec des  périodes de retour en France au Département  (DGCID à l’époque)  ou dernièrement  à l’AEFE (Paris) pour le pilotage la gestion des établissements scolaires d’Afrique subsaharienne. —————————————————————————————————————————————————————————————

Antoine Le Bihan, Attaché audiovisuel au Maroc : Bonjour ! Après 20 années passées en France en tant que réalisateur et monteur de films institutionnels (et un peu de fiction) pour différentes agences de communication, j’ai intégré l’Institut français du Maroc en 2013, à Rabat, d’abord comme chargé de mission cinéma puis comme responsable du pôle cinéma et audiovisuel. ————————————————————————————————————————————————————————————-

TV France International : Quelles sont selon vous les spécificités des panoramas audiovisuels algériens, marocains et tunisiens ?

Didier Zyserman : La Tunisie, par sa position géographique stratégique, sa proximité économique et linguistique avec l’Europe et son ancrage dans le monde francophone et arabophone, est un remarquable laboratoire de développement, potentiellement un hub régional pour toute la région Afrique du Nord et du monde arabe. En 2011, la Tunisie a connu une « révolution » qui l’a fait entrer dans le cercle des démocraties, l’une des rares de la région. Elle connaît depuis une relative stabilité et une transition démocratique réussie. Cela s’est traduit dans le secteur de l’audiovisuel par une plus grande liberté d’expression et une augmentation du nombre de médias tous domaines confondus, que cela soit à la télévision, à la radio, dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Patrick Girard : L’Algérie est un pays complexe et très centralisé, où la relation bilatérale est très particulière et influe énormément sur tous les types d’action. De ce fait, les partenariats institutionnels sont souvent délicats et ne concernent vraiment que l’aspect formation, pour laquelle des actions sont menées avec l’INA, le CNC, la Fémis ou encore l’ESJ Pro pour ce qui concerne les journalistes.

Antoine Le Bihan : Le Maroc possède un réseau de 14 chaines nationales publiques et de radios privées qui se développent à l’international, à l’image d’Hit Radio qui émet dans 9 autres pays en Afrique. C’est la chaine 2M qui fait office de locomotive avec 34.7% de part d’audience. La moyenne de durée d’écoute quotidienne par individu se situe à 5h30, mais les études d’audience ne révèlent pas la réalité puisque les usages informels (piratage satellitaire, IPTV…) ne sont pas considérés et ne prennent pas en compte la mesure des chaînes françaises par exemple, ou de celles diffusées depuis le Moyen-Orient. L’économie de ce secteur reste néanmoins fragile du fait des faibles revenus publicitaires.

TV France International : Quels sont selon vous les grandes évolutions actuelles des différents secteurs audiovisuels au Maghreb ?

Didier Zyserman : La Tunisie est un pays marqué par une forte dynamique dans le secteur des industries culturelles et créatives (ICC). Elle a adhéré en avril 2019 à la communauté French Tech et doit accueillir en 2020 deux grands projets structurants : l’École 42 et la Station T, conçue selon le modèle de l’incubateur français, la Station F. La Tunisie organisera en décembre 2020 le plus grand évènement international depuis son indépendance : le 50ème sommet de la Francophonie. Cela représente une formidable opportunité pour mettre en œuvre des projets d’envergure et renforcer la coopération et l’expertise française dans le secteur.

A titre d’exemple, le Groupe Pathé s’est implanté depuis fin 2018 en Tunisie, en amont de sa stratégie globale pour se développer sur le continent africain. Pathé a inauguré son 1er multiplexe de 8 salles dans le Grand Tunis, répondant aux plus hauts standards internationaux de diffusion du cinéma numérique. Un 2ème multiplexe a ouvert dans la ville de Sousse en 2019, et un 3ème doit voir le jour en 2020 à Radés, dans la banlieue de Tunis. Ce sont les investissements culturels français les plus importants réalisés sur le territoire tunisien. Le pari du groupe est en passe d’être réussi avec 550 000 entrées lors de la première année d’exercice à Tunis, au-delà de la fourchette haute de fréquentation envisagée. La Tunisie double ainsi son parc de salles de cinéma, avec 24 nouveaux écrans ajoutés en moins de deux ans. 


Le multiplexe Pathé Tunis, sur le site Géant Tunis City

Depuis 2011, le cinéma tunisien connaît une réelle reconnaissance à l’international. Une dizaine de longs métrages de fiction sont produits chaque année, auxquels il convient d’ajouter la diffusion de films documentaires en salle. Une majorité de ces films sont coproduits avec la France et sélectionnés dans les plus grands festivals internationaux (Cannes, Venise, Locarno, Berlin, Toronto), où ils remportent régulièrement des prix prestigieux. Cet essor du cinéma tunisien a été renforcé par la création en 2017 d’un fonds bilatéral d’aide à la coproduction d’œuvres cinématographiques franco-tunisiennes. Initié par le Centre national du cinéma français (CNC) et son homologue tunisien (CNCI), ce fonds a bénéficié à 21 projets sur 3 ans, parmi lesquels « Un fils » de Mehdi M. Barsaoui, « Noura rêve » de Hinde Boujemaa, « Sortilège-Tlamess » de Ala Eddine Slim ou encore « Weldi – mon cher enfant » de Mohamed Ben Attia.

Affiche du film « Un fils«  (2020) de Mehdi M. Barsaoui – Coproduction franco-tunisienne Cinétéléfilms et Dolce Vita Films

Antoine Le Bihan : De nouveaux projets voient le jour au Maroc, comme celui de Younès Bouhmedi (Hit Radio), avec le lancement d’un bouquet de 5 chaînes thématiques prévu pour le dernier trimestre 2020. Ces 5 chaînes seront diffusées (doublage ou sous-titrage) en Darija (arabe dialectal marocain, en Amazigh et en Français. Il est d’ores et déjà en contact avec des distributeurs français (France.tv Distribution, ARTE Distribution, Newen Distribution, etc.).

Le cinéma semble sortir d’une crise depuis plus de trente années : après une chute de la fréquentation continue depuis les années 80 (241 salles et plus de 45 000 000 de spectateurs), celle-ci s’est stabilisée autour de 1.500.000 il y a quelques années et dépasse les 1 800 000 en 2019. Cela est dû à l’implantation de nouveaux cinémas, soutenue par le Centre Cinématographique Marocain, le groupe Megarama poursuivant son développement et un nouveau venu, Ciné Atlas, qui après l’ouverture d’un complexe à Rabat, investit dans d’autres villes du royaume. Le groupe Pathé devrait ouvrir également un multiplexe à Casablanca prochainement.

Ciné Atlas Colisée à Rabat


Salle du Ciné Atlas Colisée à Rabat

TV France International : Quel genre de programme rencontre le plus de succès sur vos territoires ? Y a t-il des opportunités pour le contenu français ?

Didier Zyserman : En Tunisie, les goûts du public s’orientent vers le débat politique, comme l’ont démontré les fortes audiences lors des débats présidentiels filmés en direct pour la 1ère fois en Tunisie. La retransmission des matchs de football continue à mobiliser de nombreux spectateurs. Mais ce sont les séries télévisées, en particulier turques et tunisiennes, qui attirent le plus. Durant le mois de ramadan, qui concentre près du 1/3 des recettes publicitaires annuelles, les tunisiennes et tunisiens suivent avec engouement la série turque « Sultana Kösem », ou les feuilletons tunisiens « El Maestro », « L’affaire 460 », « Nouba » ou « Mache3er ».  Ce regain d’intérêt pour les productions nationales réalisés par des tunisiens fait écho au succès dans les salles de cinéma de films de genre comme « Dachra » (200 000 spectateurs) ou des comédies populaires comme « Porto Farina » ou « Rebolote » distribués par Ciné 7ème Art ou Hakka Distribution.

Projection à la Cité de la culture du film « Dachra » d’Abdelhamid Bouchnak

Les opportunités sont nombreuses pour développer les contenus innovants en français, en particulier les séries TV, l’animation, les jeux vidéo, les programmes VR, qui bénéficieraient d’un accueil très favorable. La qualité de l’expertise française en Tunisie est reconnue, que cela soit en matière d’infrastructures, d’équipements techniques, ou de conseils et de formations auprès des professionnels tunisiens (expertises menées dans le domaine du jeu vidéo, du patrimoine cinématographique, de la production et de la distribution).

L’expertise française en matière de jeu vidéo, d’animation et de réalité virtuelle est très appréciée, comme peut en témoigner le soutien à la création d’un Creative DigitalLab au sein du Centre national du cinéma tunisien (CNCI) ou l’organisation d’évènements internationaux comme TEDxCarthage, RightsCon. Le champ de l’entrepreneuriat numérique et des incubateurs culturels, représente un secteur très dynamique avec la création d’incubateurs innovants, valorisant l’entrepreneuriat et la création, parmi lesquels Orange FadLab, Minassa, Flat6Lab ou Wasabi/Afkar,spécialisé sur les projets d’innovation sociale, culturelle et créative et financé par l’agence française de développement (AFD).

Affiche de l’incubateur culturel Minassa

En outre, la Tunisie se positionne comme un pays actif et attractif sur la carte mondiale de la musique électronique et des conférences artistiques, en faisant la 7ème scène électronique à l’échelle internationale.

Le développement de la destination Tunisie comme lieu de tournage est également une très belle opportunité à saisir pour les opérateurs du cinéma français (prestataires, assurances, producteurs, techniciens), pouvant générer d’importantes recettes et encouragé par les autorités locales. Le mouvement est renforcé par la création de nouveaux festivals en région, comme le Gabes Cinéma Fen ou le Festival international de Tozeur, qui mobilise l’investissement de partenaires étrangers pour inciter les productions à venir tourner en Tunisie.

Patrick Girard : De très nombreux foyers algériens sont dotés de paraboles et reçoivent toutes les chaînes françaises. De ce fait, la TV algérienne n’est guère intéressée par la reprise de programmes français, d’autant que la situation politique qu’a vécue l’Algérie en 2019 a resserré encore davantage un contrôle déjà extrêmement fort sur tous les types de médias. Les thèmes abordés ne sont de toute façon guère conciliables entre les deux rives de la Méditerranée…

Antoine Le Bihan : Les programmes qui rencontrent le plus de succès au Maroc sont les émissions de variété et les séries et feuilletons (turcs et marocains).

Côté cinéma, le Box-Office fait la part belle aux films marocains et hollywoodiens, les films français n’y trouvant pas réellement leur place, faute de distributeurs. La production se porte bien avec 22 long-métrages initiés en 2019, ainsi que 39 séries et 20 téléfilms. Le royaume du Maroc reste un décor très prisé par les productions étrangères avec 22 long-métrages et 16 séries tournées en partie au Maroc en 2019 pour un budget investi de près de 800.000.000 de dirhams.

TV France International : quelles sont les conséquences de la pandémie du Covid-19 sur les secteurs audiovisuels sur ces territoires et comment a été gérée la crise ?

Didier Zyserman : La crise sanitaire Covid 19 a entraîné l’arrêt des tournages, la fermeture des cinémas et des espaces culturels. Elle a aussi mis en péril tout un secteur. Elle a bouleversé non seulement le paysage audiovisuel en Tunisie, mais aussi dans le monde entier. Les autorités tunisiennes ont vite réagi à la crise pour faire face aux situations les plus urgentes. Le ministère des affaires culturelles a créé un Fonds Relance Culture pour indemniser les artistes et les techniciens au chômage et soutenir les opérateurs à l’arrêt.

S’il est difficile à l’heure actuelle de faire de la prospective et d’envisager sereinement la sortie de crise, l’on peut cependant constater quelques grandes tendances : d’une part la nécessité d’avoir accès une information transparente et fiable ; d’autre part la prise en compte par les médias publics d’une offre éducative et culturelle au sein de sa programmation ; enfin le développement d’une offre digitale en ligne. L’offre digitale de contenus vidéos et cinématographiques s’est multipliée, à l’exemple de la plateforme de SVàD Artify, qui a proposé une édition entièrement on-line du festival de cinéma Gabes Film Fen, diffusant tous les films de la compétition en ligne. L’institut français de Tunisie a également développé une offre éditorialisée « Gardons le fil » avec 3 publications par jour et une émission quotidienne en ligne.

Patrick Girard : La crise du Coronavirus, qui débute tout juste en Algérie, (en date du 02 avril), a suspendu tous les types d’action en matière audiovisuelle : tournages arrêtés, salles de spectacle fermées, programmations annulées. Un couvre-feu a été instauré de 15h à 7h.

Les antennes de l’ID d’Algérie proposent en ligne des programmes de cinéma, de courts métrages, notamment ceux réalisés dans le cadre du Laboratoire de formation documentaire (Lab’ d’Alger).

Antoine Le Bihan : Face à la crise liée à la pandémie du coronavirus et depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire au Maroc, les niveaux d’audience ont augmenté, avec une croissance moyenne de près d’une heure quotidienne par foyer. Ce sont les journaux télévisés qui en ont le plus profité. Sources d’informations fiables et de qualité c’est l’occasion pour les chaînes de rétablir le contrat de confiance avec leurs téléspectateurs.

Dans une moindre mesure, les programmes de divertissement ne perdent pas pour autant leur succès, répondant ainsi au besoin d’évasion en cette période de confinement. Les grilles de programmes ont également été revues, avec la rediffusion de séries et téléfilms à succès, ainsi que des programmes dédiés aux enfants, en dehors des horaires de cours à distance (ceux-ci sont dispensés par des chaines de la SNRT et sur des plateformes électroniques).

A noter que les programmes du ramadan ont presque tous été déjà finalisés, ne pénalisant ainsi pas cette période de forte consommation télévisuelle et de revenus publicitaires importants.

La presse écrite n’étant plus distribuée, elle a trouvé naturellement un relai sur les sites internet des différentes rédactions qu’elles proposent pour la plupart gratuitement.

Les salles de cinéma n’étant plus accessibles depuis le 16 mars, le Centre Cinématographique Marocain propose gratuitement en ligne, une série de 25 long-métrages marocains. Chaque film est mis en ligne 48 heures permettant aux spectateurs marocains et étrangers de revoir ou découvrir la richesse du patrimoine cinématographique marocain. Cette programmation sera disponible jusqu’à la fin du mois de ramadan et éventuellement reconduite. Cette initiative a été rendue possible grâce au soutien des ayant-droits qui ont accepté leur mise à disposition gratuitement.

TV France International : Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Didier Zyserman : Le Poste développe de nombreux partenariats avec les principaux opérateurs publics et privés du secteur pour renforcer la diffusion du cinéma français ; la production et la coproduction de contenus audiovisuels et cinématographiques ; la création d’évènements structurants et l’accès au marché tunisien pour les opérateurs français.

L’Institut français de Tunisie, qui dispose d’une salle numérisée de 135 places dans le centre-ville de Tunis, a mis en œuvre une programmation éditorialisée faisant la part belle aux films français et proposant régulièrement des avant-premières de films français et tunisiens. Il encourage la diffusion du cinéma français, en s’appuyant sur le catalogue de l’IF et des principaux distributeurs du pays, pour développer sur l’ensemble du territoire tunisien une offre de cinéma français et des séances « jeune public », destinés aux écoles françaises et tunisiennes.


Projection en plein air de « Un été à la Goulette » de Ferid Boughedir, mai 2019, dans le cadre de la programmation « sous les étoiles »

Le Poste accompagne également les grandes institutions du pays comme le Centre national du cinéma tunisien (CNCI) qu’il soutient activement dans la structuration du secteur à travers les grands festivals de cinéma, comme les Journées Cinématographiques de Carthage (230 000 spectateurs en 2019, 180 films programmés) ; le Festival du Cinéma tunisien (équivalent des « Césars » tunisiens). Il soutient aussi la Cinémathèque tunisienne dans sa mission de conservation et d’archivage du patrimoine cinématographique, dans le développement de son réseau avec les cinémathèques européennes et dans ses actions en région, comme les tournées organisées au sein des dizaines de maisons de culture, via la mise à disposition de films dont il a acquis les droits.

Le Poste a consolidé un grand rendez-vous cinématographique méditerranéen, le festival Manarat dont la 2ème édition en 2019, a réuni 34 000 spectateurs. Crée en partenariat entre le CNC et le CNCI en 2018, le festival organise une compétition de longs métrages cinéma (fiction et documentaire) et des projections sur les plages et en région ; Il rassemble également lors de rencontres professionnelles les CNC européens et arabes du pourtour méditerranéen.


Cérémonie de clôture du festival Manarat, juillet 2018 (remise du Manar d’or au cinéaste palestinien Raed Andoni)

Appel à projet innovants audiovisuels francophones (PIAF)

Dans la perspective de la tenue à Tunis, du Sommet de la Francophonie en décembre 2020, le Poste a développé un plan ambitieux de renforcement des médias francophones via un financement spécifique du Ministère des affaires étrangères (MEAE). Ce plan d’action est mené sur deux ans (2019-2020) et vise à renforcer les médias francophones tunisiens ; soutenir la structuration et la formation de ces médias ; appuyer la production de contenus adaptés aux réseaux sociaux.

Il a notamment soutenu la radio publique tunisienne, RTCI, pour renforcer ses capacités à concevoir, produire et diffuser des programmes en langue française. Ce soutien à la radio publique, ambitieux sur le plan financier, s’est concrétisé par l’acquisition de matériel, par des activités de formation d’experts tunisiens dans le cadre de séminaires techniques, ainsi que par une coopération dans la production des contenus francophones. En 2020, il soutient le projet de création en cours d’une chaîne d’information au sein de la télévision nationale doté d’un journal francophone hebdomadaire via l’expertise française.

Le Poste soutient les grands opérateurs français en Tunisie : France Médias Monde, CFI, TV5 Monde, France Télévisions, Radio France, INA, SACEM, CSA ; via un soutien à la création de formats audiovisuels francophones à la télévision, à la radio et sur les réseaux sociaux. Il encourage également les opérateurs privés à investir ce marché en devenir qu’est la Tunisie et qui présente de belles opportunités à saisir.

Patrick Girard : Des 430 salles de cinéma que comptait le pays à l’Indépendance, il reste aujourd’hui à peine une quarantaine, qui diffusent le plus souvent les blockbusters américains. Si l’Algérie dispose de réelles structures de soutien au cinéma algérien, c’est au niveau de la diffusion que le bât blesse. Les films soutenus, même du côté algérien, ne sont que très rarement sur les écrans algériens ensuite, et la sélection des projets reste assez orientée. Les films algériens sortis hors d’Algérie sont proposés sur les écrans des 5 instituts français présents sur le territoire algérien : Alger, Oran, Annaba, Constantine et Tlemcen.

Le SCAC de l’Ambassade de France en Algérie et l’IFA ont ainsi mis en place un processus d’appels à projets pour le cinéma, doté de 100 000 € et proposé deux fois par an. Ces projets peuvent être soutenus à tous les niveaux de la création, de l’écriture scénaristique à la post-production. De très nombreux films récemment sortis en France (et non diffusés en Algérie) ont ainsi bénéficié, à plusieurs stades de leur élaboration, de ce soutien sur appel à projet : on citera pour l’essentiel En attendant les hirondelles, de Karim Moussaoui, Papicha, de Mounia Meddour, Abou Leila, de Amin Sidi-Boumedienne, Jusqu’à la fin des temps, de Yasmine Chouikh ou Les bienheureux, de Sofia Djamma. Le soutien aux films et aux artistes intervient ensuite via la diffusion de ces films dans le réseau des IF et l’aide à la mobilité des réalisateurs et acteurs assurant en France la promotion de leurs œuvres.

Dans le domaine du film documentaire, nous travaillons en partenariat avec le Festival Premiers Plans d’Angers avec lequel nous proposons chaque année le Lab’ d’Alger, formation de 4 semaines à destination des réalisateurs, preneurs de sons, directeurs d’image et monteurs. Plus de 70 professionnels du cinéma ont ainsi été formé depuis 7 ans, et leurs courts-métrages documentaires sélectionnés et parfois primés dans de nombreux festivals autour du monde.

Patrick Girard avec les trois réalisateurs algériens sélectionnés lors du dernier Lab’ d’Alger (2019) et invités par le Festival Premiers Plans d’Angers pour la présentation de leur travail.

Une résidence d’écriture scénaristique en Algérie (Timimoune) a enfin été mise en place en 2018 pour plusieurs cinéaste, français, algériens ou franco-algériens.

Concernant enfin la formation des journalistes, plusieurs actions sont organisées chaque année à destination des étudiants en journalisme comme des journalistes en fonction, en collaboration avec l’ESJ de Montpellier, qui accueille chaque année entre 5 et 7 boursiers à Montpellier et envoie des formateurs en Algérie sur des programmes fondamentaux liés à l’éthique journalistique, aux fondamentaux de l’enquête journalistique ou aux nouvelles écritures. Des formations au Mobile Journalism sont également proposées.

Antoine Le Bihan : Les champs d’intervention du SCAC ou de l’Institut français du Maroc sont divers. Nous proposons l’intervention d’experts français afin de soutenir l’émergence d’une Industrie Culturelle et Créative, tant sur le plan institutionnel que sur celui des associations.

Un Fonds de Solidarité pour les Projets Innovants est d’ailleurs dédié à cette thématique pour les années 2020-21. Il concernera plus spécialement les industries musicales, cinématographiques et numériques, à travers le renforcement de marchés (Visa for Music et le 1er Marché du Film de la Méditerranée et de l’Afrique) et la création d’un Lab Digital au Maroc.

De nombreux festivals cinématographiques indépendants bénéficient de crédits de subvention ou d’aides à la mobilité des professionnels afin de renforcer la présence des films français. On peut citer le FIDADOC (Festival de documentaire à Agadir), le Festival de la Fiction TV de Meknès (qui a noué un partenariat avec celui de La Rochelle, avec un très beau projet de résidence d’écriture franco-marocain, également soutenu par le SCAC), le Festival du Cinéma Méditerranéen de Tétouan, ou le FICAM (Festival International du Cinéma d’Animation de Meknès), évènement créé par l’Institut français de Meknès.


Edition 2019 du FICAM (Festival International du Cinéma d’Animation) de Meknès


FICAM 2018 qui a accueilli en tant qu’invité d’honneur Sunao Katabuchi

Des actions de soutien à l’écriture de scénarios ont permis de détecter de jeunes auteurs et contribuer à professionnaliser cette branche essentielle de la production cinématographique. La ruche documentaire portée par le FIDADOC ambitionne de développer au niveau régional une génération de documentaristes. Méditalents développe des ateliers d’écriture concernant des projets de 1ers et 2èmes longs-métrages de fiction, et a initié des actions de coopération décentralisée entre la région Sud, la ville de Marseille et la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Afin de contribuer au développement de l’industrie cinématographique au Maroc, une programmation de films majoritairement produits ou co-produits en France est diffusée dans les 9 antennes des Instituts français du Maroc qui ont été numérisés ainsi que dans deux cinémas marocains partenaires. Une quarantaine de films par an sont ainsi présentés en exclusivité au Maroc réunissant plus de 20 000 spectateurs.


Théâtre 121 de l’IF Casablanca qui accueille des séances de cinéma français 3 fois par semaine

Nous développons également un dispositif d’éducation au cinéma, Séquences Jeunes, adapté des dispositifs déjà existant en France, avec l’idée qu’il soit déployé au Maroc par les acteurs civils ou institutionnels.


Présentation aux enfants de l’édition 2019 de Séquences Jeunes

Enfin, des actions de formation sont proposées chaque année aux étudiants journalistes (France Media Monde accueille de nombreux stagiaires chaque été), ainsi qu’aux professionnels sur les nouveaux médias. Nous allons également développer, en partenariat avec la Fémis, une formation dédiée aux métiers de la distribution et de l’exploitation, secteurs déshérités au Maroc.