TV France International: Pouvez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Benoît Blanchard: Bonjour à tous, je suis attaché audiovisuel auprès des services culturels de l’Ambassade de France et de l’Institut Français en Italie depuis octobre 2019. C’est ma première expérience au sein du réseau. Auparavant je travaillais chez UniFrance où je m’occupais de la promotion des formats courts et des nouvelles écritures. Pendant les cinq années passées au sein de l’association, les actions que j’y ai menées m’ont permis de collaborer régulièrement avec le CNC, Film France, l’Institut Français, le MAE et de nombreux attachés culturels et audiovisuels.

Après des études littéraires, j’avais travaillé dans le secteur des médias, puis une dizaine d’années dans la production audiovisuelle et cinématographique. J’ai eu la chance de débuter dans le documentaire chez la Compagnie des Phares et Balises (aujourd’hui CPB Films), puis j’ai bifurqué vers la fiction et enfin l’animation.

Avant de prendre mes fonctions à Rome, je connaissais bien le pays car j’y avais vécu plusieurs années.

TV France International: Quel genre de programme rencontre le plus de succès en Italie?

Benoît Blanchard: En Italie, c’est indéniablement la fiction nationale qui recueille les faveurs du public. Le champion incontesté des audiences est le Commissario Montalbano, la série en est à sa 14e saison et chaque semaine elle rassemble plus de 9M d’Italiens (soit 39% de part de marché).

On pourrait citer d’autres séries italiennes comme La compagnia del Cigno, Che Dio ci Aiuta ou encore Mentre ero via, dont chaque épisode est suivi par plus de 5M de spectateurs. Le football et les programmes musicaux sont aussi particulièrement appréciés : chaque année la diffusion d’une institution comme le festival de San Remo frôle les 10 millions de spectateurs. Enfin le succès des talk-shows ne se dément pas ; après plus de vingt ans d’existence une émission comme « C’e Posta per te » rassemble encore plus de 6 millions d’Italiens.

En raison du confinement actuel les programmes sont un peu chamboulés : chaque matin à 7h la messe du pape François avoisine les 25% d’audimat, tandis que les journaux télévisés de 20h sont suivis par quasiment la moitié des Italiens.

TV France International: Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Benoît Blanchard: Notre mission est de promouvoir les industries culturelles et créatives françaises et de rendre la France attractive. Pour cela nous avons développé des partenariats avec les principales manifestations italiennes et maintenons un dialogue constant avec les institutions et les organisations professionnelles du secteur.

En août dernier, un nouveau Fonds d’aide au codéveloppement et à la coproduction d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles franco-italiennes a été signé lors du festival de Venise. Fruit d’un travail de longue haleine mené par le poste, cet accord a deux caractéristiques majeures : un budget doublé (désormais €1M) et une ouverture aux productions audiovisuelles. La première commission s’est réunie en décembre à Rome et 11 projets ont été soutenus.

Le poste peut compter sur un excellent maillage du territoire italien. Outre Rome, l’Institut français d’Italie s’appuie sur quatre antennes à Florence, Milan, Naples et Palerme et nous travaillons en étroite collaboration avec plus de trente-cinq Alliances françaises disséminées sur l’ensemble de la péninsule.

Nous disposons d’un réseau de salles numérisées, grâce à l’aide du CNC, ce qui nous permet de programmer des œuvres françaises chaque semaine. Nous avons l’obligation de proposer un minimum de 75% de films en langue originale française mais nous diversifions notre programmation avec notamment des productions audiovisuelles ou encore des retransmissions de la Comédie-Française.

En ce qui concerne le cinéma, depuis plusieurs années l’Italie est le pays champion du monde des entrées françaises. Sur un marché instable et hyper concurrentiel, l’enjeu est de taille pour maintenir cette présence.

Une grande importance est accordée au renouvellement des publics. En partenariat avec des collèges et lycées italiens, nous avons conçu le dispositif « Version Originale » : il s’agit d’un programme de 8 films (fiction, animation, documentaire) destiné à un public scolaire et dont le visionnage est accompagné d’un dispositif pédagogique. V.O. existe depuis 2012 et cette année il a totalisé presque 7000 entrées.

Enfin depuis 10 ans, le poste organise avec le soutien d’UniFrance le Festival Rendez-Vous avec le nouveau cinéma français. Il s’agit d’une vaste opération de promotion de films qui réunit plus de 8000 spectateurs pendant cinq jours. Les projections et les rencontres ont lieu au Nuovo Sacher, la salle de cinéma de Nanni Moretti. Particulièrement prisée des professionnels italiens, Rendez-Vous[1] représente un moment-clé pour la sortie salle des films et constitue pour les distributeurs une belle rampe de lancement.  La majorité des films trouve un accès aux salles à l’issue du festival.

TV France International: Quels types de programmes français retrouve-t-on sur les chaînes en Italie?

Benoît Blanchard: De nombreuses séries françaises ont été ou sont diffusées sur les chaînes italiennes (toujours en version doublée). On peut citer par exemple Joséphine Ange Gardien, Section de recherche, Candice Renoir, Les petits meurtres d’Agatha Christie ou encore Le Bureau des Légendes. L’Italie compte quatre fois plus de chaînes télé que la France et avec l’arrivée de Netflix, le nombre de contenus français accessibles a quasiment doublé.

Des chaînes comme TV5 Monde et France 24 sont disponibles mais France Télévisions ne dispose plus de canal de diffusion dans le pays. En 2018, France Télévisions, la RAI et ZDF se sont regroupés au sein de l’Alliance pour produire des séries de grande envergure. Premier projet finalisé (et récemment diffusé sur France 2), Mirage devrait bientôt arriver en Italie.

Arte et la Rai ont signé en 2016 un accord de coproduction permettant ainsi chaque année à plusieurs œuvres communes de voir le jour et d’être diffusées dans les deux pays. Depuis fin 2018, la chaîne culturelle européenne Arte propose une déclinaison italienne Arte in italiano. Au bout d’un an, la chaîne rassemble 200000 visiteurs uniques par mois et ses résultats sont en progression constante. Le poste s’évertue à valoriser ces programmes : nous soutenons notamment le lancement du festival ArteKino et un projet de convention entre nos deux structures devrait prochainement être signé.

TV France International: Quelles sont les conséquences du Covid dans le domaine de l’audiovisuel ?

Benoît Blanchard: Les premières conséquences sont les innombrables annulations ou reports de festivals et marchés audiovisuels ainsi que l’arrêt brutal de tous les tournages.

La fermeture des écoles et le confinement de la population ont évidemment eu un impact immédiat sur l’audiovisuel. Les chaînes de télé ont dû aménager leur programmation : elles ont augmenté sensiblement le volume de contenus pour enfants et adolescents, proposant davantage de séries nationales et internationales. Une part belle a été laissée à l’animation ainsi qu’au documentaire (sur l’art, la musique, l’histoire et la science). Quelques cases cinéma supplémentaires ont été ajoutées.

La réouverture des établissements scolaires italiens n’étant pas à l’ordre du jour, en quelques semaines c’est presque une nouvelle chaîne publique qui est née : RAI Scuola. Fruit de la collaboration entre la RAI et l’éducation nationale (des enseignants sont impliqués dans la production des contenus), une offre complète d’e-learning est accessible en ligne et en linéaire – un peu sur le modèle de France 4.

Les mesures sanitaires imposées par le confinement actuel ont eu d’autres répercussions sur les programmes. Le tournage de la plupart des émissions de divertissement impliquant la présence d’un public a été suspendu et quelques talk-shows sont maintenus mais sous une forme réduite, après un travail d’adaptation. Enfin, l’audiovisuel fait face à l’assèchement des programmes de fiction originale, conséquence du brusque arrêt des tournages.  Paradoxalement, la raréfaction des programmes va de pair avec une nette augmentation du nombre de spectateurs (environ +20%). Les dernières études estiment que depuis le confinement le temps moyen passé devant le téléviseur a augmenté d’une heure, soit 330min/ jour.

Bien sûr, tout ceci est temporaire. Il est encore trop tôt pour se prononcer mais il y aura évidemment un avant et un après. A l’heure où j’écris le secteur fait face à de graves difficultés économiques et aux interrogations suivantes :

  • Plus de 40% des films qui n’ont plus accès aux salles devraient être programmés directement à la télévision ou en VOD. Il y a déjà des débats au sein de l’industrie sur les obligations d’investissement et de diffusion des chaines comme des plateformes.
  • Les plateformes SVoD sont les gagnantes de la situation actuelle et la situation des salles est tragique. Quels équilibres vont se dessiner ?
  • Il n’y a pas encore de visibilité sur la reprise des tournages, mais les diffuseurs insistent pour qu’ils soient relocalisés. Quid des coproductions dans ce contexte ?
  • Si les conditions de tournage se durcissent, le recours aux VFX devrait progresser mais on assiste déjà à des embouteillages de commandes
  • On estime que le piratage (streaming et téléchargement) a augmenté de 66% depuis le début du confinement. C’est un problème auquel le secteur va devoir se confronter.

L’ensemble de la filière est touché, elle va devoir se réorganiser et probablement se réinventer.


[1] en raison de l’épidémie de Covid-19, la 10e édition de Rendez-Vous a dû être reportée.