Laëtitia, Le mensonge, deux « True Crime », deux séries françaises adaptées de faits divers qui ont défrayé la chronique. Deux grands succès d’audience en cette rentrée 2020/2021 pour France 2. Catherine Bernard, Directrice Générale Adjointe de France tv distribution revient avec nous sur les raisons de ces succès et sur leur échos à l’international.

L’entretien

TV France International : C’est une rentrée 2020/2021 marquée par le succès. Laetitia, Le mensonge, France Télévisions a enregistré deux succès d’audience sur des sujets particulièrement délicats : meurtre, viol, fausses accusations de pédophilie… selon vous, pourquoi le public est au rendez-vous ?

Catherine Bernard : Le Mensonge (4×52′), produite par Thalie Images, a réuni en moyenne 4,5 millions de téléspectateurs en octobre dernier sur France 2 tandis que la série Laëtitia (6×45′), produite par CPB Films et L’Ile Clavel, a réussi le même exploit, avec une moyenne de 3,5 millions de téléspectateurs, quelques semaines plus tôt.

Ces sujets difficiles ont marqué la France et s’inscrivent profondément dans la mémoire collective. Aujourd’hui, les fait-divers ayant défrayé la chronique suscitent un intérêt nouveau, à travers la fiction.

Les spectateurs du monde entier sont tiraillés entre curiosité et effroi. Ils veulent plonger dans l’univers des meurtriers et dans celles des affaires criminelles les plus déroutantes. C’est le succès planétaire de ces dernières années, le genre « True Crime » qui ne cesse de conquérir un public toujours plus nombreux. Ces spectateurs ont besoin de comprendre comment une histoire aussi horrible a pu se produire. La fiction les aide à réfléchir et à se poser sur des sujets de société qui dépassent le fait divers.

TV France International : Ces deux séries sont deux coproductions France Télévisions, toutes deux adaptées de faits divers. Comment et pourquoi avez-vous choisi ces thèmes si lourds ?

Catherine Bernard : Nous sommes très fiers d’avoir pu acquérir ces deux fictions dans notre line-up et très fiers de nos collaborations avec Thalie Images, CPB Films et L’Ile Clavel.

Adapter ce genre d’histoire est un projet forcément ambitieux. L’adaptation de fait divers doit être faite de manière subtile. Ce qui nous a séduits dans ces deux projets, c’est d’abord un scénario de qualité et un traitement qui va au-delà du fait divers, mais qui donne une dimension personnelle, psychologique et même sociologique. Lorsque l’on travaille sur des programmes aux thèmes si lourds, il faut, bien sûr, qu’il y ait un respect de la vérité mais que les faits soient montrés avec pudeur et finesse. Ces deux fictions montrent une émotion tout en sobriété. Elles sont très justes et bouleversantes.

N’oublions pas que pour Le Mensonge, il s’agit du premier rôle de Daniel Auteuil dans une série TV, et que Laëtitia est adaptée de l’enquête d’Ivan Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes (Éditions du Seuil), prix Médicis et Prix littéraire du Monde en 2016, et qu’elle est réalisée par Jean-Xavier de Lestrade, Oscar du meilleur film documentaire en 2002 pour Un coupable idéal. Elle a également été la première série française sélectionnée à Sundance cette année.

Ces deux séries, au-delà des thèmes lourds qu’elles portent, sont des projets singuliers d’une qualité cinématographique.

Nous sommes très heureux de promouvoir le savoir-faire français en matière de fiction à l’international.

TV France International : Les faits divers choquent les opinions publiques nationales mais ces ondes de choc traversent rarement les frontières. Comment approchez-vous le marché international avec ces true crime ?

Catherine Bernard : Depuis Le Petit Grégory qui a été lancé sur Netflix, globalement nous savons que les adaptations de faits divers peuvent susciter un réel intérêt des publics étrangers. Surtout quand le traitement des sujets leur donne un aspect plus universel : la psychologie des personnages, leurs situations socio-culturelles ainsi qu’une écriture qui crée un suspense et une introspection. Ces éléments font qu’au-delà la mémoire collective, ces faits-divers – adaptés de la bonne manière – sont très intéressants pour un public international. En documentaire cela fait plus longtemps que les séries ou unitaires « True Crime » voyagent comme Faites entrer l’accusé par exemple en diffusion sur la ZDF et d’autres diffuseurs étrangers.

TV France International : Laetitia était annoncée comme un programme phare de l’année 2020 pour le groupe France Télévisions, et c’est effectivement une réelle réussite en France. Présentée au Sundance 2020, quel est depuis son parcours international ?

Catherine Bernard : La série a eu un accueil très favorable au festival de Sundance et le public a été très touché par Laëtitia ainsi que par la présence de Jean-Xavier De Lestrade. La série a déjà été vendue à la plateforme Global Series Network en Russie. Nous sommes actuellement en contact avec un diffuseur nord-américain qui montre un intérêt prononcé et également en discussion avec des diffuseurs linéaires et payants en Europe.

TV France International : Le mensonge, premier rôle dans une série pour Daniel Auteuil, l’adaptation de cette pénible histoire à l’écran est également de haute qualité. Vous avez lancé la série au dernier mipcom. Quels sont les premiers retours des acheteurs ?

Catherine Bernard : Les acheteurs sont très intéressés, à la fois en ce qui concerne les diffuseurs linéaires public et privé en Europe, mais également des plateformes SVOD régionales. Nous avons lancé la série au dernier MIPCOM et sommes dans l’attente des retours des visionnages.

TV France International : D’autres annonces, d’autres succès en prévision ?

Catherine Bernard : Malgré la situation actuelle, nous essayons d’être présents partout, et nous savons que nous renouveler ainsi que moderniser nos contenus est indispensable. C’est d’ailleurs ce que nous avons entrepris avec notre line-up fiction et des séries créées pour le numérique de France Télévisions comme Stalk (Silex Films (10×23’)), Parlement (Cinétévé (10×26’)) ou encore Derby Girl (Noon (Kabo Productions) (10×22′)). Nous venons d’acquérir la série Girlsquad (Kelija Productions – 10×22’) et en sommes très fiers. Il s’agit d’un teen drama résolument ancré dans un univers féminin et féministe post #Metoo, dont le tournage vient de s’achever entre Hossegor, Soustons et Vieux-Boucau. La série sera disponible en exclusivité sur france.tv/slash.

Mais nous avons aussi les séries Astrid et Raphaëlle (JLA Productions (8×52’ + 1×90’)) et Les Petits Meurtres d’Agathe Christie (Escazal Films (27×90’)) qui continuent d’être des succès à l’international ou encore la saison 4 de Dix pour cent (Mon Voisin Productions / Mother Production (6×52’)) déjà vendue dans le monde entier.